Marseille: le lycée Victor Hugo primé pour son journal
JOURNALISME. Habitué à traîner à la place du cancre dans les
classements sur les taux de réussite au bac, le lycée Victor Hugo, à
Marseille, a bondi fin avril à la première place de l’académie : son
journal lycéen, Le Vaisseau de l’Info, a gagné le concours des journaux
scolaires 2008 dans l’académie Aix-Marseille.
Plus fort, pour le lycée classé ZEP du 3e arrondissement : Le Vaisseau
a fini en mai dans les quinze premiers au niveau national, catégorie «
encouragés », sur 205 journaux en France participant au Prix Alexandre
Varenne.
Joli succès, pour un Vaisseau qui, dès le premier édito, annonçait les
choses clairement : le journal du lycée, « c’est notre marque, c’est
notre pensée, c’est notre identité ».
Photo Eric Franceschi
« Et Sarkommence ! » Dès le départ, ils ont fait fort. Le n°1, sorti début mars, s’ouvrait sur ce titre pour raconter le blocage du lycée contre la loi Pécresse.
« On était dans la manif. Un Monsieur nous a dit : “Et ça recommence !” », raconte Basmat Mohamed Ali Said, lycéenne et directrice de publication.
D’où le titre. Ça leur a valu une convocation chez la Proviseure.
« Elle voulait qu’on montre le journal avant de le distribuer. Mais elle n’a pas le droit d’intervenir. Et elle pensait que je n’avais pas écrit la réalité. »
Le quiproquo venait du traitement rédactionnel sur la présence policière au lycée, en décembre.
Basmat écrivait : « Où est passée la démocratie ? Aurait-elle été remplacée par la “policratie” ? » Finalement, l’article est passé, sans censure.
« On s’attendait à ce que la Proviseure nous tue. Finalement, elle nous a félicités », dit Basmat.
L’équipe rédactionnelle a choisi seule les sujets et leur traitement pour les deux numéros.
Le nom du journal. Certains avaient proposé 19 minutes, pour concurrencer 20 minutes. D’autres, A ne pas lire. Interrogations : « On a eu peur que certains ne le lisent pas. A moins que, si on leur dit de ne pas lire, ils lisent ? » Finalement, Le Vaisseau de l’info s’est imposé.
« Une métaphore sur un bateau qui circule sur la mer et les vaisseaux sanguins, qui permettent à l’info de circuler d’un élève à un autre », explique Chaféa Rachidi, qui l’a trouvé.
Les autres ont voté pour. Depuis, ils critiquent ce choix. Chaféa soupire : « C’est ça la France. On vote pour, ensuite on critique. »
« L’Islam mal entendu ». Sous ce titre, le lycéen Malik Hammouche voulait défendre « sa vision de l’Islam contre la vision qu’en donnent les intégristes dans les médias ».
Sa tribune libre a choqué des enseignants : trop de prosélytisme, selon eux.
Conclusions variées des lycéens journalistes : « Dès qu’on touche à la religion, c’est compliqué. » « Il n’a insulté personne, il voulait juste qu’on connaisse mieux sa religion. » « C’est encore trop un sujet qui porte à débat. »
Du coup, un autre sujet a été évité dans le n°2. Il s’agissait, selon les lycéens, du cas de « trois ou quatre élèves qui viennent avec une robe longue et ont été enfermées dans une salle, mises en quarantaine car l’administration considère que leur habit est un signe ostentatoire de religion. Il y a eu une lettre de soutien des élèves, une manif et une pétition. »
Mais pas un mot dans le journal : « Pas assez d’avis posés. Trop de polémiques. »
Georges Clooney enseigne à Victor Hugo. Comme M.Gallardo, prof de géo, ne voulait pas sa photo à côté de l’interview, il a dit : « Mettez Georges Clooney, il me ressemble. »
C’est fait. Clooney, prof à Victor Hugo, voilà qui va faire venir du monde. Ça tombe bien, car l’équipe du Vaisseau cherche la relève : la plupart des journalistes, des filles en grande majorité, sont en terminale.
Les autres journaux. Comment voient-ils la presse en général ? « Il y a trop de reflets négatifs de la réalité. On parle plus des adultes que des jeunes », déplore l’un.
Cindy Pillitieri rigole : « On ne s’y retrouve pas. A part l’horoscope ! »
Leurs lecteurs au lycée. Les journalistes sont un peu déçus du manque d'enthousiasme. « Ils le lisent en diagonale. » « Ils ne le lisent pas. » « Ils demandent : “Où est le sport ?” » Il y en a, fait par une fille, pendant que des garçons traitent de poésie.
La mauvaise réputation. Victor Hugo, c’est le lycée où, de prime abord, les Marseillais ne veulent pas aller. Chaféa explique : « Au collège, des profs m’avaient conseillé de demander une dérogation pour aller ailleurs. »
« On pense des choses négatives de notre lycée : un journal peut changer ça », espère Basmat. Finalement, écrire a surtout permis « de se libérer ».
Le prix. Quand les responsables du CDI, Nicole Berreby et Christine Gorce, ont annoncé le prix, les lycéens n’y ont pas cru. Chaféa : « Je pensais au début que vous les aviez payés. »
MICHEL HENRY





Victor Hugo a toujours été un lycée où personne ne voulait aller. Mauvaise réputaion, mauvais profs, bac poubelle...J'avais aussi fait une dérogation pour ne pas y aller, mais elle a heureusement été refusée (Il faut dire que je venais de Quinet!). Un jour on m'a dit: "T'es en A1(philo + maths), dans un autre lycée on t'aurait mise en G (commerce)." En attendant, j'ai eu un bac mention assez bien, une maîtrise mention très bien et je suis professeur des écoles.J'ai aussi rarement rencontré des profs aussi ouverts et dévoués qu'à Hugo, ni des copains aussi chaleureux, quelle que soit leur origine sociale et raciale.
Un lycée inspiré par son nom. Seul le courage et la volonté comptent.
Bravo pour votre prix!
Rédigé par : Valette Elsa | 29.11.2009 à 14h35
Bravo V.Hugo!
Ancienne élève du bahut, prof de français épanouie aujourd'hui, j'ai gardé un uper souvenir des années lycées et des profs qui nous ont guidés!
Continuez! Ouvrez-la haut et fort!!!
Rédigé par : Johanne | 12.06.2008 à 23h49
Ma france à moi elle est kiffante!!!
vous trouvez pas?
Elle a de l'humour, le sens de la réalité, la créativité et l'envie!
Il suffit de croire en elle...
Rédigé par : lalye | 11.06.2008 à 11h46