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11.10.2008

Grasse: deux policiers au bord de la mise en examen après la mort d’Hakim

JUSTICE. Le 9 mai, un jeune Tunisien est décédé à Grasse. Récit détaillé de l'interpellation.

Selon le procureur de la République de Grasse, Marc Désert, il est «vraisemblable que l’on s’oriente vers des mises en examen» à l’encontre de policiers grassois après la mort de Hakim Ajimi lors de son interpellation, le 9 mai. Elle résulte d’une «asphyxie mécanique» provoquée par «une compression thoracique qui correspond aux techniques d’immobilisation utilisées», dit le magistrat : «La personne face contre terre, un policier avec un genou sur le dos, un autre qui lui porte un étranglement.» Pour lui, «ils n’ont peut-être pas maîtrisé ces techniques d’immobilisation traumatisantes» (1).

«Pas de nom». Les deux fonctionnaires de la BAC (brigade anticriminalité) de Grasse (Alpes-Maritimes) sont tombés sur Hakim Ajimi, 22 ans, alors qu’il venait de quitter avec fracas l’agence du Crédit agricole. «Agression sur le directeur», leur a-t-on annoncé. Boulevard Victor-Hugo, ils le repèrent, lui demandent son nom. «Il m’a répondu qu’il n’avait pas de nom», assure le brigadier-chef X., 39 ans. «Il a dit "non, touchez-moi pas"», selon son collègue Y., 34 ans.

Les deux policiers veulent l’attraper, il se débat, le trio tombe au sol, et X. se blesse en l’agrippant. «J’ai senti un craquement au niveau de mon épaule droite, dit-il, et une douleur terrible. Il m’a donné une manchette sur le nez, suivie d’un coup de poing sur le front.» Hakim est finalement menotté, aux mains (sur le devant) et aux pieds, et placé face contre terre, donc hors d’état de nuire.

Des collègues arrivent, quelques passants s’attroupent. Hakim se prend un ou deux coups de poing de X., et un coup de pied. Pendant que X. s’appuie à califourchon sur son dos, Y. lui fait une clé au cou pour l'immobiliser : «C’était effectivement une clé genre étranglement, expliquera-t-il aux enquêteurs, mais je précise que je n’ai pas serré à fond et que ce n’était que pour maintenir la tête. J’ajoute que la pomme d’Adam de Ajimi ne subissait pas de pression.»

Y. maintient cette clé «cinq à dix minutes, avec une intensité plus ou moins forte selon l’agitation de Ajimi.» Voire plus longtemps, selon des témoins qui protestent : «C’est inadmissible, ce n’est pas un animal, c’est bon, il est attrapé !» Un policier municipal assure : «L’individu avait la tête violette.» Un lycéen affirme : «En voyant son visage bleu, j’ai pensé qu’il ne devait pas respirer.»

Les pompiers arrivent, pour soigner le policier, victime d'une luxation de l'épaule qui sera ensuite réduite sous anesthésie générale. «Je ne sais pas pour quelle raison personne ne s’est occupé du jeune», affirme la mère du lycéen. Quand, plutôt que de le confier aux pompiers, les policiers le jettent dans leur véhicule, Hakim, «inerte», selon les témoins, a «les bras et les jambes ballants, ses pieds traînaient par terre», «l’air tout mou comme une guimauve».

«Il a glissé». Une policière raconte : «Jeté sur la banquette arrière, immédiatement il a roulé sur le plancher» entre les sièges avant et arrière. Y. corrige : «Il a glissé et est tombé» sur le ventre. Dans la voiture, selon une policière, «il ne parlait pas, ne bougeait pas». Une collègue demande : «Monsieur, ça va ?» Pas de réponse. Faute de place, un policier a les pieds sur Hakim.

Il émet «des gaz qui sentaient mauvais», selon une jeune policière : «J’étais aux premières loges, comme ses fesses étaient pratiquement sous mon nez. J’ai un peu plaisanté en disant que ça allait bien pour lui, car il avait des gaz.» Elle ajoutera : «Je n’ai pas l’habitude de la mort et ne savais pas que ces gaz pouvaient être un signe de relâchement.»

A l’arrivée, un policier trouve Hakim «bleu». Un autre affirme : «Ce n’est qu’en arrivant au commissariat que nous avons compris qu’il était inconscient.» Massage cardiaque, bouche-à-bouche, rien n’y fait. Selon l’expertise anatomo-pathologique, le Tunisien est mort en raison d’«un mécanisme de compression thoracique associé sans doute à une obstruction incomplète des voies aériennes supérieures (face au sol)» : la clé de Y., plus les appuis sur son dos de X. ?

«J’ai été très surpris du déroulement de la suite», assure X.. Pour Y., «nous n’avons fait que des gestes réglementaires qui, pour nous, ne pouvaient être la cause de son malaise». Quand il l’a jeté dans la voiture, Y. n’a rien vu d’anormal : «Il respirait, c’est sûr. Certes, il avait les yeux fermés mais pour moi, il était conscient.» Y. n’a utilisé «aucune force démesurée».

Mais pour le père de Hakim, Boubaker Ajimi, 50 ans, rien n’explique leur attitude : «Ils pouvaient l’arrêter, le mettre en prison, OK. Mais il était menotté, maîtrisé… Pourquoi ils l’ont tué ?» Son avocat, Me Sylvain Pont, parle de «charges accablantes» et son collègue Me Frank De Vita assure qu’il ne serait «pas très judicieux» pour les deux juges d’instruction grassoises chargées d’une information judiciaire pour «homicide involontaire» de retarder les mises en examen.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL A GRASSE

MICHEL HENRY

(1) Cette technique d’interpellation a valu à la France une condamnation par la justice européenne (Libération du 21 mai, lire ci-dessous).

Lire "des techniques policières en accusation"

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Voici les sites qui parlent de Grasse: deux policiers au bord de la mise en examen après la mort d’Hakim :

Commentaires

v a raison: les policiers ne souhaitaient pas donner la mort. C'est justement la même chose que l'infirmière qui s'est trompée de perfusion, sauf qu'elle, elle a fait 48h de garde à vue, et se trouve mise en examen pour... homicide involontaire. Bizarre, vous avez dit bizarre...

cette situation ne peut pas être jugée au vu des fraguements d'informations dont vous disposez, fraguements savamment sélectionnés par la presse pour laisser une polémique s'installer mais qui ne reflètent rien de la réalité de l'intervention.Il se peut qu'une faute ait été commise mais il ne faut pas oublier qu'aucun de ces policiers ne souhaitait blesser ou donner la mort à qui que ce soit et qu'il est facile de juger les interventions de la police.un stage dans une patrouille de police secours changerait l'avis de pas mal d'entre vous

je trouve ca fantastique qu'ayant charge dans la voiture de police un homme inconscient, menote, qui plus est tombe entre siege avant et siege arriere, sous les pieds des agents, ceux-ci ne voient rien d'anormal. Je trouve surrealiste que certains, plus haut ne trouvent qu'ils n'ont fait aucune faute...
Glup a raison, faut pas s'engueuler avec son banquier - encore moins, certainement lorsque l'on s'appelle Hakim...
On peut s'etonner de voir des gens capables de tant de details dans les explications "J’ajoute que la pomme d’Adam de Ajimi ne subissait pas de pression." en faire si peu dans l'action... entre nous, vous connaissez beaucoup de cles d'etranglement laissant la pomme d'Adam libre de pression?
et vous pensez reellement que quelqu'un capable de porter attention a l'absence de pression sur la pomme d'Adam de sa victime en pleine action pourrait ne pas noter que celle ci ne respire plus?... si quelqu'un peut m'expliquer tout ca, je lui en suis gre par avance.
A bon entendeur

Même si les policiers ont effectivement fait les gestes qu'on leur a enseignés, on ne peut pas considérer qu'ils n'ont fait aucune faute.Ils devraient être capables d'évaluer la situation. Un homme à terre déjà ligoté n'est plus dangereux

Ben dis donc, t'as pas intérêt à t'engueuler avec ton banquier...
C'est vrai qu'en ce moment ils sont un peu sur les nerfs ...
peut être les policiers ( qui ne font que leur métier ) doivent aussi être un peu superviser dans leur soucis de faire trop bien. Comme les banquiers. ( Qui ne font que leur métier ).
Sans rire, je suis triste que trois hommes en pleine capacité de leur moyens tue un autre ligoté pieds et poings liés , sans le vouloir bien sûr. Ca doit pas être évident à vivre.
Mais cela doit être encore moins évident pour la victime et ses proches. pensées du soir pour ces derniers.

Si les policiers ont effectivement fait les gestes qu'on leur a enseignés, on peut considérer qu'ils n'ont fait aucune faute.
Ce serait donc l'État qui devrait être condamné, et en premier lieu ceux qui prennent la responsabilité d'ordonner d'utiliser des méthodes dont ils savent qu'elles peuvent être mortelles.

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