Rouillan à Libé : « J’assume totalement mon passé mais je n’incite pas à la violence »
INTERVIEW. Après avoir passé vingt ans en détention pour complicité d’assassinats, l’ex d’Action Directe s’est inscrit au NPA d’Olivier Besancenot comme simple militant. Alors que le Parquet de Paris réclame la révocation de sa semi-liberté, Jean-Marc Rouillan s’exprime dans Libération ce matin.
Rouillan a une bouche, il s’en sert, et ça ne plaît pas à tout le monde : hier, après la publication d’une interview sur le site internet de l’Express, le Parquet de Paris a indiqué qu’il allait demander la révocation de la semi-liberté dont il bénéficie depuis décembre 2007.
Son tort ? Le cofondateur d’Action directe se serait exprimé sur les faits pour lesquels il a pris deux fois perpétuité, ce qui lui est formellement interdit. En fait, il dit simplement qu’il assume son passé, comme il nous l’a expliqué dans un entretien réalisé les 19 et 22 septembre.
« Pour une interview, ils sont capables de me faire repartir sur une perpétuité », soupirait-il hier. Ajoutant : « Mais la bataille sur la liberté de parole est essentielle. »
Son avocat, Me Jean-Louis Chalanset, commente : « Cette demande de révocation n’est pas fondée sur le plan juridique. Et c’est ridicule d’interpréter trois lignes dans un long texte. C’est un prétexte pour le faire taire. Le Parquet a toujours été contre sa semi-liberté, contre ses permissions. »
Au secours, Rouillan revient ? A 56 ans, il fait toujours peur. Il a beau être grand-père, il est toujours révolutionnaire. Avec une nuance : s’il ne renie pas la « lutte armée », qui a provoqué plusieurs morts et l’a conduit vingt ans en détention dans des conditions extrêmes, il veut désormais faire de la politique comme simple militant. « Il en a parfaitement le droit », explique son avocat.
Jean-Marc Rouillan s’est donc inscrit depuis l’été à un comité marseillais pour le futur NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) d’Olivier Besancenot. « Une démarche individuelle », explique-t-il : « Après 22 ans de cachot, j’ai besoin de parler, d’apprendre des gens qui ont lutté pendant ces années. »
Ironie de l’histoire : il retrouvera, au sein du NPA, des trotskistes de la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), ses anciens adversaires qu’il traitait de « flics du mouvement protestataire » et avec qui il échangeait essentiellement des bourre-pifs (1).
« Je sais qu’ils sont contre ce que j’ai fait, tout mon parcours politique. Et moi, je suis contre le leur. Mais je pense que le rapprochement peut produire quelque chose de différent. Ce qui m’intéresse, ce sont les contradictions. Plus il y en aura, plus le NPA va vivre politiquement. Il faut une saine pagaille. »
Côté LCR, Alain Krivine minimise son arrivée qu’il qualifie de « non-événement » : « Si Rouillan veut adhérer, ça veut dire qu’il aura totalement changé de méthode, politiquement. A l’époque, on l’a condamné totalement. Maintenant, on n’aura aucun débat avec lui. Ce n’est pas un enjeu national. Il n’y a aucune rencontre officielle de courant à courant. Rouillan, c’est Rouillan, ce n’est pas un courant. »
Rouillan a rencontré Olivier Besancenot en juin à Marseille. « Je lui ai dit : “Attention, vous pouvez refuser, mon adhésion risque de poser un problème sur le plan politique.” Il sait que ça va être un très gros bordel, cette histoire. Il m’a dit qu’il était prêt à assumer. »
François Hollande, le premier secrétaire du PS, estimait hier sur Europe 1 que « Olivier Besancenot aurait intérêt à se débarrasser de cet adhérent-là car il est vraiment encombrant ».
Mais pour Besancenot, la situation est claire : « Il est le bienvenu. Il a purgé sa peine. A un moment, il faut tourner la page. »
Avec Rouillan et d’autres, Besancenot estime que le NPA va « ouvrir son espace politique ». « L’objectif n’est pas de monter des foyers de guérilla à travers la France, dit le facteur. Mais de détruire la société actuelle pour en créer une autre. »
La détruire, mais par quels moyens ? Plutôt que de parler de révolution, Rouillan a toujours préféré la faire, les armes à la main. Et aujourd’hui ? « Je suis communiste insurrectionnel, même si ça me fait mal voir, dit-il. Je ne suis pas guévariste pour mettre le portrait du Che dans ma chambre. J’assume totalement mon passé. Mais je n’incite pas à la violence ! »
Il explique : « Je commettrais une erreur en lançant un appel à la lutte armée. Je sais qu’une lutte armée comme celle des années 70 ou 80 ne peut plus se faire sur les mêmes bases. Ces mouvements s’étaient développés dans une grande effervescence révolutionnaire qui n’existe plus. »
De 1987 à 2007, Rouillan était en prison, après avoir pris perpétuité avec 18 ans de sûreté, pour complicité d’assassinats de l’ingénieur général de l’armement René Audran en 1985 et du PDG de Renault, Georges Besse, en 1986.
Depuis décembre 2007, celui qui est devenu écrivain en prison travaille la journée comme éditeur chez Agone à Marseille et couche le soir et les week-ends en cellule. Il a touché sa première fiche de paye à 55 ans : jusque là, il passait de la clandestinité à la prison, et inversement.
De retour à la vie du dehors, l’ex-AD se trouve sacrément dépaysé. « Il y a eu une glaciation d’un certain esprit de révolte, et une ghettoïsation. On a perdu toutes les grilles de lecture. Le monde est dépolitisé et je suis surpris par l’extrême profondeur de cette dépolitisation. J’ai une impression de désastre politique…Toutes les formes de résistance de masse ont été laminées. »
Au NPA, il s’imagine en simple « militant de base ». « Pour moi, l’époque des chefs est finie. Je suis là pour apprendre des autres. Je voudrais qu’ils oublient qui je suis. »
Son emploi du temps l’empêche de participer : « Les réunions, c’est le soir, et le soir, je rentre aux Baumettes. » Cette semi-liberté qu’on menace désormais de lui enlever lui pèse. Il y voit « une déstabilisation extrême plus qu’une resocialisation » : « Progressivement, la vie que tu construis à l’extérieur t’attire. Mais il faut rentrer en prison le soir et le week-end. C’est totalement contre-productif. »
Il attend désormais une convocation devant le juge d’application des peines pour savoir si elle sera révoquée. Sinon, il espère une libération conditionnelle d’ici décembre.
A l’instar de son épouse Nathalie Ménigon, qu’il a vue en juin pour la deuxième fois depuis leur mariage en prison, en 1999 (2). « On est en instance de divorce. Politiquement, elle est extrêmement décidée, proche de ma position. Mais sa capacité physique ne lui permet pas de s’engager davantage. »
De notre correspondant à Marseille
MICHEL HENRY
(1) Lire son livre De mémoire (1). Les jours du début : un automne 1970 à Toulouse (Agone, 2007).
(2) Condamnée à la perpétuité en 1989 et 1994, l’ex-activiste d’AD bénéficie d’une libération conditionnelle depuis le 2 août. Agée de 51 ans, elle souffre des séquelles d’une hémiplégie, après deux accidents vasculaires cérébraux en détention.
Lire également une interview en février à LibéToulouse



les violences ne mènent à rien , celles des communistes en particulier n'ont mené les pays soviétisés qu'à la ruine , et si la Chine y a échappé , c'est qu'elle s'est convertie avec le Vietnam , au.......capitalisme à temps , une claque bien sentie pour nos dirigeants
qui sont les dirigeants les plus intelligents ? ceux qui consomment de la viande bovine (ascendance taurine) qui rend bête et méchant
Rédigé par: pène christian | 05 octobre 2008 à 09h10
La promiscuité de ce fameux Rouillan avec Besancenot montre bien toute l'ambiguité de ce NPA...analogue selon moi du Front National...C'est un rêve pour Sarkozy d'utiliser le NPA comme une arme secrète afin d'affaiblir plus encore le PS !
Fil Vert
"Construire au fil de sa conscience"
http://filvert.blog.lemonde.fr
Rédigé par: Fil Vert | 04 octobre 2008 à 09h30
.. et pour rajouter une pointe de piment à ton plaisir et ton rire, kamarade j'ajouterai qu'à l'instar de JMR, je reste médusée par "la dépolitisation inscrite dans les couches populaires". A l'évidence... ;) Sauf qu'à l'heure qu'il est, lui, il doit moins rigoler. Même au second degré.
Rédigé par: Gisou | 02 octobre 2008 à 21h56
j'adore le commentaire de Gisou 13h33 très second degré j'espère, sinon c'est 100% "guévariste de chambre" comme les déteste M Rouillan semble-t-il . Si tu veux vraiment faire plaisir à M Rouillan : Arrête ! Merci Gisou tu m'as bien fait marrer. hasta la victoria !
Rédigé par: JÉRÔME (camarade jérôme) | 02 octobre 2008 à 17h17
J’adresse tout mon soutient à JMR. S’il faut se mobiliser, nous le ferons et défilerons sous les fenêtres du JAP pour lui rappeler que "quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs", article-préambule à notre constitution actuelle. Prématuré dans les années 80, cet article est plus que jamais d’actualité : les Bush, Poutine, Berlusconi et autres mafieux du CAC sont autrement plus dangereux et devraient, eux, être traînés devant un tribunal pour génocide social-culturel-économique de masse et pour destruction de la planète à seule fin de profits éhontés. Inutile d’épiloguer sur la misère nationale et le désespoir mondial : la colère gronde sur tous les continents et seuls les fous la qualifient d’"incitation à la lutte armée". Si Rouillan est inculpé pour incitation ou "apologie du terrorisme", alors nous sommes TOUS des terroristes chaque 10 du mois quand on danse devant un frigo vide. Il serait temps qu’on foute la paix à JMR et à Ménigon. Pensées fortes pour Cipriani.
Rédigé par: Gisou | 02 octobre 2008 à 13h33
Si vous pensez que la promisucité de Rouillan pose problem a Besancenot, ce n'est rien en comparaison des realtions d'Ayers avec Obama.
Rédigé par: Francois | 02 octobre 2008 à 12h06
L’article de Michel Henry remet cette histoire d’interview à l’Express à ses justes proportions. Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que l’ex-militant d’Action directe s’exprime. Fin 2007, à la sortie de son dernier livre Chroniques carcérales, Jann-Marc Rouillan a répondu aux questions du Mague. Un long entretien où le semi-libéré parle des années cabanes, du retour dans le monde « libre » et de littérature, parce qu’on oublie souvent de dire que Rouillan est un excellent écrivain.
Pour lire l’article Questions à Jann-Marc Rouillan, écrivain semi-libéré, allez sur http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article4442
Rédigé par: Paco | 02 octobre 2008 à 10h23
Une fois de plus, l'extrême-gauche se caractérise par sa clarté. Rouillan est pour la lutte armée, mais n'appelle pas à la violence. Besancenot ne veut pas de révolution armée mais veut détruite la société actuelle. Quelle méthode, pour quel but? On n'en saura pas plus, sinon que la société actuelle, c'est vraiment pourri. Avec ça, on a pas fini de rire...
Rédigé par: Blackader | 02 octobre 2008 à 09h23