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25.06.2009

Geisser : une pétition à l’aveuglette

TRIBUNE. Une pétition a été lancée pour soutenir Vincent Geisser, un chercheur aixois spécialiste de l'islam, accusé de "manquement grave à l'obligation de réserve" (lire l'article). Il est convoqué lundi 29 juin devant la commission administrative paritaire du CNRS. Dans une tribune à Libération,  Elisabeth Roudinesco, historienne, directrice de recherches à l’université de Paris-VII (GHSS), exprime son désaccord avec cette pétition.

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    PAR ELISABETH ROUDINESCO

    Chercheur au CNRS, politologue et membre de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe, Vincent Geisser, auteur d’un pamphlet (la Nouvelle Islamophobie, 2003) destiné à dénoncer les chercheurs et intellectuels qui se permettent de critiquer, non pas l’islam, mais l’islamisme radical, a été convoqué par un haut fonctionnaire de la sécurité défense (HFD) devant le conseil de discipline du CNRS pour y répondre de «manquement à l’obligation de réserve».

    Cette procédure est discutable et doit être critiquée car elle met en cause l’indépendance qui a été reconnue aux professeurs d’université par le Conseil constitutionnel dans une décision (83-165) du 20 janvier 1984 et qui a été ensuite étendue à bon nombre de chercheurs. Mais il semble que jusqu’à présent elle n’a pas été contestée au sein du CNRS : ceci est à vérifier.

    A l’initiative d’Esther Benbassa, un comité de chercheurs parmi les plus brillants de ce pays a lancé le 10 juin une pétition en faveur de Vincent Geisser afin de le soutenir au nom de la liberté d’expression. Cette pétition a reçu le soutien de nombreuses associations.

    Esther Benbassa a cependant omis dans son appel de mentionner que Geisser n’est pas seulement un chercheur mais aussi un défenseur officiel en France de l’islamisme radical, largement contesté pour la dangerosité de ses propos notamment par les représentants de l’islam des Lumières, Fethi Benslama et Abdelwahab Meddeb, qui lui reprochent de les présenter comme des «ennemis de l’islam vendus à l’Occident» et de favoriser ainsi la cause de l’extrémisme religieux.

    Tous deux se sont manifestés dans des mails auprès d’Esther Benbassa pour que leur protestation soit simplement entendue.

    Bon nombre de signataires de cette pétition n’avaient pas connaissance des interventions de Geisser quand ils ont décidé de le soutenir. Or, les membres du comité n’ont pas pris en compte leurs arguments ni ceux des laïques attachés à l’islam des Lumières et qui réclament que soient fermement condamnés les propos insultants de Geisser, même si par ailleurs, ils sont favorables à une contestation des procédures disciplinaires imposées à des chercheurs du CNRS.

    Notons que Geisser a qualifié les dirigeants de SOS Racisme de «facilitateurs d’islamophobie», qu’il a fait de même avec l’association Ni putes ni soumises, qu’il s’en est pris également au recteur de la mosquée de Paris et qu’il a qualifié de «national-laïcisme» la loi contre le port des signes religieux à l’école.

    Il a surtout comparé Joseph Illand, chargé de son dossier, à un «idéologue qui traque les musulmans et leurs amis, comme à une certaine époque, on traquait les Juifs et les Justes».

    Celui-ci a porté plainte pour diffamation à titre personnel. Or les deux procédures sont incompatibles : un chercheur ne peut être à la fois poursuivi au pénal et objet d’une simple enquête administrative.

    Il faut donc maintenant que la direction du CNRS prenne clairement position afin de montrer que cette prestigieuse institution n’est pas un nid d’espions et que les chercheurs n’y subissent aucune atteinte à leur liberté d’expression sauf quand ils cessent d’être des chercheurs pour devenir des insulteurs.

    En attendant que le comité qui a lancé la pétition intègre ces données dans sa prise de position et ne se contente pas de faire de Geisser le martyr d’une entrave à la liberté d’expression, au moment même où, en Iran, les opposants à l’obscurantisme fanatique risquent leur vie en se battant pour un islam modéré, j’ai refusé de la signer après une longue discussion par mails avec les membres du comité d’organisation.

    Quand j’ai fait connaître mes motivations, j’ai reçu une avalanche de mails. Certaines personnes et même des collectifs généreux avaient signé une pétition contre une procédure sans savoir qui ils défendaient ; d’autres, plus informées, avaient refusé de la signer parce qu’elle laissait entendre que les organisateurs de ladite pétition soutenaient les propos inacceptables de Geisser.

    Certains ont retiré leurs signatures et demandé des explications qui ne viennent toujours pas.

    Que ce soit clair : la phrase de Voltaire sans cesse invoquée, selon laquelle on doit, au nom d’un principe, défendre absolument la liberté d’expression d’une personne, ne s’applique que lorsqu’on est informé de ce que pense cette personne.

    Or, dans cette affaire, ce n’était pas le cas puisque la pétition présente le chercheur comme la victime d’un harcèlement sans faire référence au contenu de ses interventions qui ne relèvent pas d’un travail de recherche.

    Si la pétition avait été plus «voltairienne», je l’aurais signée : ce n’était pas le cas ; elle est manichéenne et contraire à l’idée que l’on doit toujours requérir le «consentement éclairé» des personnes auxquelles on s’adresse et donc les informer avec le maximum d’objectivité.

    Tel doit être, à mon sens, le véritable débat autour de cette affaire. La discussion est désormais publique et ouverte.

    ELISABETH ROUDINESCO

    Commentaires

    Bien fait!!!

    Celui-ci a porté plainte pour diffamation à titre personnel. Or les deux procédures sont incompatibles : un chercheur ne peut être à la fois poursuivi au pénal et objet d’une simple enquête administrative."

    c'est faux
    ce n'est en rien incompatible.
    Avant d'écrire dans les journaux ,il faut un minimum de riçgueur.

    N'empêche pétition ou pas, la liberté d'expression qui est soi disant si chère a certain sera bafouée

    Des musulmans aux islamistes extremistes.
    Il y a 40 ans le mot "islamiste" n'etait utilisé que dans des spheres tres réduites. Il y a environ 10 ans il passa dans le langage commun pour désigner des musulmans extremistes, maintenant il n'a plus de connotation negative que lorsqu'associé au mot "extremiste". Depuis Van Gogh, la traduction du mot "Islam" est largement connue. Ce pourrait il que le glissement observé revele le passage d'une religion de soumis a dieu (les musulmans) a une religion de "ceux qui soumettent" (les islamistes) et que la seule critique soit dans les moyens qu'ils emploient (extremistes).

    Plutôt d'accord sur le fond.

    "Celui-ci a porté plainte pour diffamation à titre personnel. Or les deux procédures sont incompatibles : un chercheur ne peut être à la fois poursuivi au pénal et objet d’une simple enquête administrative."

    Ah oui ?! ça vient d'où ?

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