Le Mimi, un rendez-vous qui affriole le Frioul
FESTIVAL. Le 24e «Mouvement international des musiques innovatrices» s’est tenu durant quatre jours sur l’île de Ratonneau, à Marseille. Lire la suite
Les derniers rayons de soleil rougissent le château d’If, de l’autre côté du chenal. L’astre se fond dans la mer au son d’une belle musique urgente, celle du groupe turc Gevende.
Depuis huit ans, le festival Mimi, rendez-vous des musiques improvisées, novatrices et insolites, se tient sur la plus grande des îles du Frioul, à quinze minutes de bateau de Marseille. Et la beauté inouïe du site compte autant que la programmation musicale dans la réussite de l’entreprise.
Mimi, lancé en 1985 à Saint-Rémy-de-Provence, est toujours dirigé par son fondateur, Ferdinand Richard. Qui se flatte de compter «40 % de spectateurs qui viennent, quelle que soit l’affiche».
Cette année, les invités étaient les Japonais d.v.d, qui mêlent tambours et art vidéo, l’Américano-Haïtien Jean-Paul Bourelly et son groove libertaire, Matmos, ex-complices de Björk, ou encore la pythie 80 de New York, Lydia Lunch.
Vendredi, elle a livré, accompagnée du Marseillais Philippe Petit, un concert épique, chahuté par les bourrasques, dans un climat de fin du monde. Stoïque dans la tempête, le public était aux anges.
Quarantaine. Pour rallier Mimi, il faut donc prendre le bateau sur le Vieux-Port et débarquer quinze minutes après, passé l’île d’If et sa forteresse. Ensuite, marcher vingt bonnes minutes dans un paysage rocheux (l’île est interdite aux voitures et même aux vélos !) pour se retrouver dans la cour de l’ancien hôpital Caroline, où les malades qui ne pouvaient descendre à Marseille restaient en quarantaine.
Soit un ensemble de bâtisses, certaines en restauration, d’autres en ruine. Au milieu, la scène.
Pour la dernière soirée, dimanche, le vent était tombé en attendant la rencontre entre Danyel Waro, le barde myope de la Réunion, et les sept voix corses viriles de l’ensemble A Filetta. Avec, en lever de rideau, Gevende, curiosité ottomane.
Dans ses moments calmes, le groupe chasse sur les terres de Tindesticks : trompette, violon, paysages chargés d’émotion.
Mais Gevende sait créer des univers très différents, avec de longs «instrumentaux» habités, une tentation expérimentale de distorsion et des lambeaux de mélodies anatoliennes.
Porté par un charismatique chanteur, Ahmet Kenan Bilgiç, qui n’hésite pas à reprendre Nusrat Fateh Ali Khan, Gevende semble paré pour une carrière internationale.
Que dire de Danyel Waro ? Rien qu’on n’ait déjà écrit, et pourtant, la fascination qu’il exerce est intacte. On reste toujours aussi impressionné par sa colère créole, la véhémence de sa parole, la douceur des mélodies et la vigueur des rythmes de l’océan Indien.
La collaboration avec A Filetta n’aboutit pas à un mélange de maloya et de polyphonies corses.
Chacun garde sa personnalité, les Corses renforcent et enrichissent les chœurs réunionnais, tandis que les percussions du groupe de Waro emballent le chant corse.
Sous les étoiles, comme posée sur les vagues, cette combinaison de voix, de chœurs et de tambours est un petit miracle.
Navettes. La fête finie, pas question de s’attarder dans ce lieu écologiquement fragile.
Le retour se fait dans l’obscurité, afin de gagner une des deux dernières navettes, à 1 h 30 et 2 h 30.
Infatigables, les Réunionnais continuent à chanter et battre le tambour. Rendus à la terre ferme, les spectateurs repartent dans la nuit fraîche, et remontent la Canebière en se demandant s’ils ne viennent pas d’une autre planète.
François-Xavier GOMEZ (envoyé spécial à Marseille)





"où pendant des siècles, les malades qui ne pouvaient descendre à Marseille restaient en quarantaine"
Oui enfin, l'hopital fut construit dans les annees 1820 et detruit pendant la 2e guerre mondiale...
Donc plutot un peu plus d'un siecle.
Rédigé par : lou gari des goudes | 22.07.2009 à 18h26