Papeteries de Malaucène : cinq siècles en fumée
SOCIAL. Les papeteries créées en
1545 dans cette petite ville de Vaucluse, sur les contreforts du Ventoux, fermeront en septembre 2009. «Libération» a suivi hier son
dernier comité d’entreprise, jusqu’à la rétention ponctuelle
de ses dirigeants par les salariés [Photo: devant la mairie, hier, des employés des papeteries. Photo Olivier Monge/M.Y.O.P.].Lire la suite
Un patron qui demande à sortir. Des salariés qui crient : «Il ne part pas tant qu’il n’y a pas renégociation !»
Il est 18 h 50, hier, et les employés des papeteries de Malaucène (Vaucluse) pénètrent dans le calme à la mairie où se tient, depuis le matin, le dernier comité d’entreprise avant le début officiel du plan social. A 19 heures, des dirigeants tentent de sortir. Ils en sont fermement empêchés.
«On veut qu’ils continuent à négocier !» crie un salarié.
«Pour l’instant, on échange», dit Jean-Marc Pavero, directeur du site. Un autre dirigeant affirme, lui, qu’ils sont bel et bien «retenus».
Malaucène vit un drame : les papeteries doivent fermer en septembre et 211 emplois sont supprimés par le groupe américain Schweitzer Mauduit (SWM).
Après avoir annoncé la fermeture le 17 avril, les dirigeants avaient été contraints de passer une nuit à l’usine. Hier, les employés ont obtenu quelques timides avancées dans la journée. Mais ils restent insatisfaits.
Et menacent, s'il le faut, de perturber l’étape du Tour de France qui arrive, samedi, au sommet du Ventoux. «Maintenant, il faut tout casser pour obtenir quelque chose! regrette un salarié. C’est aberrant.»
Finalement, les quatre dirigeants ressortent librement et sous les huées mardi à 23h, après s'être engagés à reprendre les négociations, ce mercredi matin, en préfecture à Avignon, notamment sur le montant de la prime de départ, proposée par la direction à 22 500 euros plus 500 euros par année d'ancienneté, sans plafonnement.
Maus auparavant, vers 20h, il y a eu quelques « échanges » improvisés.
Michel Fievez, directeur général Europe: « On a dit qu'on était arrivés au maximum des concessions. »
Une salariée: « Vous avez dans vos mains la vie de combien de gens? Et de nos enfants. Il est où, votre coeur? »
Un salarié: « Ils s'en foutent! »
Sacrifiés. Seule industrie de cette commune de 2 750 habitants, les papeteries existent depuis 1545. Mais l’usine n’est plus rentable, selon la direction, qui évalue les pertes sur cinq ans à 21,5 millions d’euros, dont 7 millions en 2008.
«Ça les arrange bien d’avoir une entreprise déficitaire dans le groupe : ils ont plombé les résultats, comme ça ils payent moins d’impôts sur les bénéfices !» s’insurgent les salariés, qui se sentent sacrifiés.
Car SWM, qui gère quatre usines en France (Malaucène, Le Mans, Quimperlé, Saint-Girons) et produit dans six pays, gagne de l’argent : plus de 9 millions d’euros de bénéfice net au premier trimestre.
Mais à Malaucène, qui fabrique le papier (tipping) entourant les filtres de cigarettes, l’activité baisse depuis 2005.
Un premier plan social, annoncé fin 2007, a provoqué plus de 70 départs.
«On nous a dit : "On supprime 70 emplois pour en sauver 210", raconte Jean-Marie Moulin, délégué syndical CGT. En fait, le dernier des 70 n’était pas parti qu’ils ont réglé le compte de tout le monde. C’est des brigands ! Ils en profitent pour tirer la chasse.»
A peine le premier plan social était-il achevé, début avril, que l’usine arrêtait la machine de production du papier. Et annonçait, deux semaines plus tard, la fermeture définitive pour septembre. Une surprise complète pour Roland Ricard, 41 ans, dont vingt de boîte : «On s’attendait à un deuxième plan social en fin d’année, 40 ou 60 suppressions. Mais le tipping, ça ne les intéresse plus.»
Car SWM gagne plus avec son usine de tabac reconstitué au Mans. La direction a provisionné 15 millions d’euros pour le plan social.
«Cinq ans qu’ils n’investissent plus à Malaucène», affirme Roland Ricard.
«Ils ont laissé pourrir la situation, c’est un licenciement boursier alors que l’entreprise est viable», déplore Jean-François Cardona. Selon ce délégué CGT, la moyenne d’âge des salariés de l’usine est de 45 ans, et l’ancienneté de dix-neuf ans.
«Désertique». Pendant longtemps, travailler aux papeteries, ça se passait de père en fils, avec l’assurance d’une bonne paye. Ce bon temps est fini.
Une dizaine de repreneurs seraient intéressés. Mais les infos restent vagues. Ils ne reprendraient pas tout le monde. Et «le bassin d’emplois est désertique», assure Cardona.
Les salariés veulent qu’on leur donne des congés longs de mobilité, en plus de la prime de départ. «Une reprise, ça prend au minimum de quatre à six mois, résume Jean-Marie Moulin, le délégué CGT. Faut trouver le moyen de faire la jonction.»
Le maire UMP de Malaucène, Dominique Bodon, louait hier matin la stratégie des salariés : «Je ne suis pas CGT, mais je leur tire mon chapeau. Ils ont tempéré quand il fallait.»
Le maire, qui a lui-même travaillé douze ans à l’usine, souhaite que l’éventuel repreneur soit «digne de ce nom, pas qu’il vienne pour prendre la prime montagne et se tailler dans un an».
Et affirme qu’il faut «réfléchir à autre chose» : comme l’eau de la source du Groseau, bonne et abondante, est à l’origine des papeteries, pourquoi ne pas imaginer un autre avenir pour les 36 hectares du site, après dépollution par SWM ?
Il évoque «de l’hydrothérapie, une résidence touristique de luxe…»
Pas vraiment ce que souhaitent les salariés.
Mais le maire fait ses comptes : la commune va perdre presque un tiers de son budget de fonctionnement avec la taxe professionnelle des papeteries (715 000 euros). «Sans l’intercommunalité, on serait en faillite», assure l’élu.
Que reste-t-il ? L’agriculture est «dans les choux», selon le maire Dominique Bodon, et le tourisme «ne fait pas vivre en hiver», disent les papetiers.
Malaucène souffre. «211 familles à la rue», clame une banderole. Un emploi perdu aux papeteries menace quatre emplois induits, «sans compter l’impact sur les services publics, les commerces…», énumère Thierry Georges, de la CGT.
Dans la ville de Malaucène, le panneau indiquant le chemin de l’usine a été recouvert d’un mot : «Cimetière.»
MICHEL HENRY [à MALAUCÈNE]
DEMANDE DE RENDEZ-VOUS AVEC CHRISTIAN ESTROSI
"Les délégués du personnel et l'union locale CGT ont demandé à rencontrer le cabinet de M. Estrosi [|ministre de l'Industrie] afin qu'il puisse faire pression pour qu'un repreneur soit trouvé", a indiqué le secrétaire de l'union locale CGT de Vaison-la-Romaine/Malaucène, Thierry Georges.
"Nous négocions le plan social et la prime de départ mais nous voulons surtout qu'un repreneur soit trouvé pour le site car une prime de départ dans le territoire de Malaucène déjà sinistré, ça ne résout pas tous les problèmes", a-t-il ajouté. (AFP)





Ne pas bloquer le tour de France ?
Comment vont-ils se faire entendre alors ?
Rédigé par : Miki | 22.07.2009 à 17h55
Je ne compends pas !
Si l'entreprise est tellement rentable,pourquoi ls "salariés" ne la reprennent-ils pas eux mêmes ? cela,étant donné les indemnités demandées,semble possible,ils seraient alors leur propres patrons et pourraient décupler le rendement ! cela semble évident dans plusieur de ces cas !
Alors,pourquoi ne pa créer des coopératives ? cela serait,à mon avis,plus intelligent que de casser ou de bruler comme cela c'est vu ces jours derniers !
Et je vous jure qu'alors,le rendement serait nettement suppérieur !
C'est drôle que personne n'ait encore avancé cette idée (qui fut un temps celle de De Gaulle) !
Ce serait peut-être là,la fin de la crise ?
Un homme'ou une femme' qui travaille pour lui même,travaille autrement que quand il travaille pour un autre ! le rendement est tout autre,il 'est plus question de CGT ou autre sydicat fou,ni même,quelque fois d'heures !
Rédigé par : Auda Louis | 22.07.2009 à 15h41
Quel fond de pension américain se cache derrière SWM ? Une opération purement boursière n'est effectivement pas inenvisageable.
Quant aux dirigeants français, ils ne sont que des courroies de transmission. Arrêtons de leur faire systématiquement porter le chapeau.
Rédigé par : Euqsabal | 22.07.2009 à 13h08
Questions que m'inspirent ces évenements...Super le capitalisme! Génial la dictature du capital, vous ne trouvez pas ? Qui en reveut ? A quoi sertles manifastation "bon enfant" ? Est ce que cela va empêcher les patrons de fermer les usines, d'empocher les bénéfices ? N'est il pas temps que les salariés s'approprient leurs outils de travail et de productions ?
Ne faut il pas être masochiste à un point pour accepter ces humiliations et cette aliénation pour le plaisir vulgaire d'une minorité de privilégiés ?
Rédigé par : Trotsky2020 | 22.07.2009 à 11h20
mouep, si c'est rentable, pourquoi ne reprennent-ils pas leur usine ? C'est toujours la même chanson, mais le capitalisme n'a jamais été fait pour rendre les gens heureux. Cette merveilleuse petite ville a pourtant un tas d'atouts, dont celui d'être la porte d'entrée du mont Ventoux, merveille de diversité botanique (on y croise des Cèdres Orientaux, des arbres de toutes l'Europe, et d'Asie). Le mont Ventoux mérite une autre réputation que celle d'étape du Tour de France. Cette région est superbe, ses habitants y sont calmes et sereins, et on les comprends ! J'espère de tout coeur que les employés de cette usine seront reconstruire, inventer leur avenir. Ne bloquez pas le tour de France, ce serait une contre-publicité. Bon courage amis du Vaucluse, on ne vous jalouse pas, que neni, mais on vous envie bcp. Espérons que vous obtiendrez mieux que ce qu'on vous propose en tous cas. bien à vous,
Rédigé par : v. | 22.07.2009 à 11h03
PS, PC, UMP...ont toujours favorisé les grands groupes...plus facile à appréhender et effets d'annonces garanties...mais "small is beautiful" devrait être appliqué de manière concommitante parce que maintenant c'est trop tard !!!
Rédigé par : bernard | 22.07.2009 à 10h51
Alles les gars : coopérative et papier recyclé :-)
Rédigé par : Colargolette | 22.07.2009 à 09h56