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07.07.2009

Robert Louis-Dreyfus, la fin d’un OM d’affaires

PORTRAIT. Repreneur d’entreprises tous azimuts et fan de sport, le patron de l’Olympique de Marseille est mort samedi.
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Quand la légende est si belle, on se fout un peu de savoir si elle est vraie. C’est avec l’argent dont il aurait délesté ses commensaux des tables de poker du lycée Janson-de-Sailly, que Robert Louis-Dreyfus, mort samedi d’une leucémie à 63 ans, aurait réalisé son premier coup dans le business en rachetant la société américaine d’études pharmaceutiques IMS, qu’il revendra quelques années plus tard avec une belle culbute.

Dans ce temple scolaire de la grande bourgeoisie, Robert Louis-Dreyfus, héritier d’une des dynasties les plus secrètes du capitalisme français, aura réussi à plumer ses camarades mais pas à décrocher son bac. Il s’en vantera plus tard, quand il s’agira de retracer l’itinéraire de ce milliardaire atypique, amateur de cigares et dingue de sport, admis à Harvard après avoir raconté son engagement en Israël pendant la guerre des Six Jours en 1967 et son passage dans un kibboutz.

Pour le grand public son épitaphe pourrait être : «Il a engagé 210 millions de sa fortune personnelle à l’OM pour zéro titre et dix mois de prison avec sursis.» Or le très indépendant Robert Louis-Dreyfus, dit RLD, c’était pourtant plus que cela. Eléments de parcours.

L’héritier

Toute sa vie, il a refusé un destin qui a fini par le rattraper : celui d’héritier. Robert Louis-Dreyfus est l’arrière-petit-fils d’un grand entrepreneur, Léopold Dreyfus. Juif alsacien, l’homme se lance dans le négoce du blé et fonde le groupe en 1851. Les Dreyfus, devenus Louis-Dreyfus par décret en Conseil d’Etat, accéderont rapidement au statut de grande dynastie des affaires. Dans les céréales, toujours, mais aussi dans le transport maritime.

Après son diplôme de MBA à Harvard en 1973, Robert Louis-Dreyfus travaille pour l’empire familial, au Brésil et aux Etats-Unis. La collaboration est de courte durée : à 36 ans, le jeune homme claque la porte et décide de mener seul sa barque. Il se révèle alors un homme d’affaires de génie, en redressant les entreprises en difficulté ou en les prenant au berceau avant de les revendre à prix d’or.

Vingt-cinq ans plus tard, après avoir accumulé une fortune personnelle colossale, Robert Louis-Dreyfus décide de rentrer dans le rang. En 2007, il rachète le groupe qui porte son nom, dont le chiffre d’affaires est estimé à 26 milliards d’euros. Une décision prise pour répondre à une double mission : réorganiser le géant du négoce, qui compte des centaines de filiales de par le monde, tout en assurant sa pérennité. L’enfant terrible est finalement rentré dans le giron familial.

Le repreneur

Il a passé un quart de siècle au chevet d’entreprises en délicatesse. S’il ne leur a pas donné naissance, il leur a offert une seconde chance. Comme au poker, qui a lancé sa fortune, Robert Louis-Dreyfus flairait les bons coups, enchérissait et remportait la mise.

En 1982, il est embauché par IMS Health, une société d’études de marché dans le domaine de l’industrie pharmaceutique. Lorsque son patron, David Dubow, décède soudainement, c’est Robert Louis-Dreyfus, âgé de 38 ans, qui prend les rênes de la firme de 1984 à 1989. Il revend alors l’entreprise et récupère l’équivalent de 100 millions d’euros.

C’est au tour de l’agence londonienne Saatchi et Saatchi, fleuron de la pub anglaise, de l’appeller à la rescousse. Il redresse l’entreprise et la dirige jusqu’en 1993. Mais son plus beau coup reste le rachat, en 1994, de l’équipementier sportif Adidas au Crédit Lyonnais pour 700 millions d’euros, avant de l’introduire en Bourse un an plus tard pour 1,6 milliard. Un investissement qui lui permet de se rapprocher du milieu du sport, qu’il vénère.

Auréolé de ces succès, naturalisé suisse en 1995 et résidant à Davos, Robert Louis-Dreyfus se lance dans les télécommunications en 2000. Il prend en mains LDcom, filiale du groupe familial, qui a déployé un réseau en fibre optique. Avec l’aide du polytechnicien Jacques Veyrat, son «fils professionnel», il transforme l’entreprise en Neuf Télécom, concurrente de France Télécom, et la revend à prix d’or à SFR en 2007, pour 2,7 milliards d’euros. Quelques mois plus tard, il s’attaque à un autre monopole : celui d’EDF et GDF avec l’entreprise Direct Energie.

Le rebelle

Robert Louis-Dreyfus, c’est une succession de paradoxes. Bourgeois né dans les beaux quartiers parisiens mais qui n’a jamais fréquenté l’establishment. Elève médiocre au lycée Janson-de-Sailly, incapable de décrocher son baccalauréat après deux tentatives, mais diplômé de Harvard. Businessman, un cigare toujours scotché au coin de la bouche, mais qui fuit les hommes d’affaires.

Patron atypique, Robert Louis-Dreyfus a choisi de s’entourer de grands sportifs plutôt que de chefs d’entreprise. Dans ses soirées, où l’on ne parle qu’un langage, celui des résultats sportifs, on trouve l’ancien boxeur Louis Acariès, le footballeur Franz Beckenbauer ou les rugbymen Michel Palmié et Serge Blanco.

Une passion pour le sport qui lui vient de son père, champion de France de boxe amateur. Pour l’épater, le jeune Robert enfilera les gants, deux ans durant. A 18 ans, il raccroche, sans pour autant s’éloigner du sport, dont il connaissait toutes les grandes dates et les records.

Toujours par esprit de provocation, il s’amuse à recevoir les analystes en jean, polo et baskets à l’effigie de la marque aux trois bandes. Comme un pied de nez à son destin tracé d’héritier, qu’il a toujours tenté d’esquiver.

Le patron de l’OM

En reprenant le club marseillais fin 1996, RLD s’était payé une danseuse, mais elle avait du poil aux pattes et lui pétait souvent au nez. Il s’est parfois vengé, traitant en 2007 les joueurs trop payés à ses yeux de «petits bourgeois de merde», après leur défaite en finale de Coupe de France contre Sochaux. Des supporteurs fatigués du gâchis l’ont malmené pendant treize ans, insultant sa femme et l’enjoignant en 2001 de faire «un chèque pour combler le déficit avant de partir». Il est resté, mais a souffert.

Alors patron d’Adidas, il avait acheté l’OM pour presque rien et surtout pour éviter que Nike ne prenne le contrôle du premier club français en terme de marketing.

En y laissant son pognon (210 millions d’euros, une goutte de pastis dans sa fortune), RLD est passé pour un pigeon, avouant «le plus gros échec financier de [sa] carrière»: pas de succès notoire, juste deux finales de Coupe UEFA (1999 et 2004) et deux de Coupe de France (2006 et 2007), et le regret de frôler deux fois le titre en L1, comme la saison dernière.

Lucide, il reconnaissait en 2002 dans France Football : «Je ne suis pas capable de diriger un club de football.»

De pigeon, il est devenu délinquant quand la justice l’a condamné, en octobre 2007, à dix mois de prison avec sursis et 200 000 euros d’amende, pour complicité d’abus de biens sociaux sur quatre transferts de joueurs.

«Le jour où j’ai acheté le club, a-t-il raconté lors de son procès en appel, un Marseillais m’a dit : "L’OM ne vous appartient pas, il appartient aux Marseillais." C’est vrai. Il appartient en partie aux hommes politiques, qui vous mettent des bâtons dans les roues quand vous voulez changer quelque chose. Il appartient aux supporteurs, vous ne pouvez rien faire contre eux.»

Trop absent, à cause de la maladie et de ses affaires, il a compris, à son compte en banque défendant, qu’un club ne se gère pas à distance, ou alors très mal, avec les soubresauts d’un bateau ivre.

L’actionnaire principal a multiplié les mauvais choix de dirigeants, faisant revenir Tapie sans succès ou cohabiter des personnages ennemis, qui en viendront au bourre-pif (Dubiton sur Ceccaldi). Il a tenté de vendre à un clown canadien (Kachkar) qui n’avait pas un fifrelin.

Alors que le club était devenu stable, il a tranché une ultime crise à la mi-juin, en virant Pape Diouf le président, pour le remplacer par Jean-Claude Dassier, un novice.

Malgré ses insuffisances, tout le monde a conscience de ce que l’OM doit à RLD et de ce qu’il perd avec son décès : salut l’artiste, salut l’artiche.

Il laisse un club sain financièrement et sportivement, avec un coach de renom aux manettes (Didier Deschamps) et un mercato prometteur, mais plein d’interrogations. RLD tranchait les gros transferts, qui va tenir ce rôle ?

Le groupe Louis-Dreyfus pourrait éventuellement reprendre la holding Eric Soccer (propriétaire de l’OM), qui appartenait en nom propre à RLD. Mais rien n'est décidé.

«Ses héritiers poursuivront l’œuvre engagée», ont-ils indiqué dimanche.

Une période de flottement s’ouvre. L’OM a l’habitude. Le plus fort serait que cette danseuse termine champion la saison prochaine, hommage posthume en forme de pied de nez au mécène qui quitte la scène en n’ayant guinché qu’une fois, en tongs, sur la pelouse du Vélodrome, lors de l’insignifiante victoire en Coupe Intertoto de 2005.

Gilles DHERS, Michel HENRY, Audrey GARRIC

Commentaires

Je suis agreablement surpris de votre article je constate que vous ne faites pas de cadeau a NANARD ....mais il faut savoir que sans Tapie L'OM ne serait pas l'OM et cela il ne faut pas l'oublier n'est ce pàs!
Mais le resume sur RDL est bien ecrit je pense pouvoir lire d'autres articles dans un proche avenir et je me permetrais de faire a nouveau un commentaire
je vous salue de LIMA au Perou

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