Le président de l'université de Toulon suspendu
EDUCATION. Laroussi Oueslati et deux vice-présidents ont été suspendus lundi par la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse, pour « entrave » à l'enquête administrative sur des dysfonctionnements dans le cadre d'un trafic présumé de diplômes en faveur d'étudiants chinois. Lire la suite
Une information judiciaire
est par ailleurs ouverte depuis le 25 mars au pôle économique et
financier du tribunal de grande instance de Marseille pour trafic
supposé de diplômes.
Deux étudiants chinois ont été écroués.
Dans l'émission "Complément d'enquête" que France 2 doit diffuser lundi à 22h15, un étudiant chinois, sous couvert d'anonymat, assure avoir versé 3 000 euros en liquide pour entrer à l'Institut d'administration des entreprises (IAE) de l'université de Toulon.
Laroussi Oueslati s'est dit lundi victime d'un "procès d'inquisition".
"Je dénonce ce complot contre moi et mes vice-présidents. On veut atteindre un président d'université qui n'est pas de la même couleur politique que Mme la ministre", a-t-il ajouté.
Dans cette affaire, une
première enquête administrative commandée par Valérie Pécresse
avait conclu à de « graves irrégularités » de la part
du président. La ministre avait demandé que la section
disciplinaire de l'université du Sud Toulon Var soit saisie.
Or, selon un communiqué du ministère lundi, « le président et son équipe de direction ont entravé l'enquête administrative, avec des mises à l'écart, pressions, intimidations et menaces de représailles à l'encontre d'enseignants-chercheurs et de personnels de l'université et une saisine de documents qui peut laisser supposer une tentative de destruction de preuves ».
Ces conclusions émanent d'un rapport complémentaire demandé par la ministre le 30 septembre en raison de « présomptions de dysfonctionnements internes consécutifs à l'engagement de poursuites disciplinaires à l'encontre du président ».
En conséquence, M.
Oueslati ainsi que Pierre Sanz de Alba, vice-président du conseil
d'administration, et Yves Lucas, vice-président du conseil des
études et de la vie universitaire, ont été « suspendus de
leurs fonctions électives ».
Cette suspension est de "six mois", "le temps de la procédure disciplinaire en cours", a-t-on expliqué dans l'entourage de la ministre, ajoutant que "la suspension d'un président est une décision assez rare".
La ministre a demandé au recteur de l'académie "d'assurer l'intérim dans l'attente de la nomination d'un administrateur provisoire".
"UN PROCES D'INQUISITION"
Le président de l'université a qualifié les conclusions du rapport complémentaire d'"injustes" et
"orientées": "c'est un procès d'inquisition !", a-t-il jugé, estimant
que les inspecteurs étaient "instrumentalisés".
"Il n'y a eu aucune entrave à l'enquête administrative, aucune mise à l'écart", assure le président de l'université dans un communiqué.
Il explique avoir "saisi à titre préventif des rapports" de stage "dans le but de protéger les étudiants chinois de l'IAE [Institut d'administration des entreprises] qui s'étaient plaints d'être victimes de discrimination dans leurs notes".
Des mesures qu'il "assume pleinement": "Un président d'université devrait-il fermer les yeux face à de telles accusations?", avance-t-il.
"On nous accuse de vouloir faire disparaître des preuves ? C'est complètement incohérent!", poursuit-il, assurant que "toutes ces pièces sont intactes, aucune n'a été altérée". Selon lui, "les irrégularités reprochées restent des irrégularités administratives".
Dimanche, M. Oueslati avait déclaré qu'il passerait devant la commission disciplinaire de son université « d'ici une quinzaine de jours ».
Mais Mme Pécresse a décidé lundi que MM. Oueslati, Sanz de Alba et Lucas étaient
renvoyés « devant la section disciplinaire d'une autre
université », et non celle de Toulon.
"Je trouve que le principe de présomption d'innocence est violé, je m'interroge sur cette suspension qui risque d'influencer l'objectivité de la section disciplinaire", a affirmé lundi le président de l'université.
"Depuis le début, c'est un procès à charge. Mes avocats et mes conseillers feront toute la lumière sur cette affaire (...) qui est montée de toutes pièces", a-t-il insisté.
L'enquête de l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) a conclu à de « graves irrégularités » et à la « responsabilité » de M. Oueslati.
« La conclusion du rapport, dont je ne peux vous donner le détail en raison de sa confidentialité, porte sur deux points : il n'y a pas de trafic de diplômes à l'université Sud Toulon, il y a quelques irrégularités administratives et techniques », a affirmé M. Oueslati dimanche.
« Toutes les irrégularités ont commencé à être corrigées en avril [lorsque l'affaire a été révélée] et nous avons tenu compte des deux rapports provisoire de juillet et définitif de septembre », a-t-il assuré.
« Il y a une véritable cabale contre moi », a-t-il dénoncé, faisant valoir qu'il était « à la fois un acteur universitaire issu de la diversité - souvent attaqué par l'extrême droite dans [sa] ville - et un acteur politique de gauche en tant que conseiller régional [PRG] de la majorité de Michel Vauzelle [président PS de la région PACA], dans un contexte de prochaines élections régionales ».
« A qui profite le
crime ? », s'est-il interrogé.
DES LUTTES INTESTINES
L'université de Toulon est aussi en proie à des luttes intestines que l'affaire du trafic présumé de diplômes n'a fait qu'exacerber.
"Les problèmes de fonctionnement ne datent pas de ce président. Cette affaire est sortie car il y a eu enquête judiciaire, mais il y aurait pu y avoir toute une série d'enquêtes sur l'université de Toulon qui auraient donné la même chose", affirme Thierry Astruc, secrétaire national du Snesup-FSU.
Ce maître de conférences en mathématiques à l'IUFM de l'académie de Nice, dont le laboratoire de recherche est situé à l'université de Toulon, évoque notamment une rivalité ancienne entre l'Institut d'administration des entreprises (IAE), théâtre du trafic présumé de diplômes, et la présidence.
Selon M. Oueslati, c'est un conflit inter-personnel entre un enseignant et un directeur de l'IAE, créé il y a quatre ans, qui a déclenché l'affaire.
Les dissensions touchent aussi aux organisations professionnelles.
Le 24 septembre, l'intersyndicale de l'université a publié un communiqué déplorant que la présidence ait désigné elle-même (conformément à la loi) la section disciplinaire dont le ministère a réclamé la saisine, en s'arrangeant pour écarter une voix d'opposition.
Ce communiqué n'a pas été signé par le syndicat Sup'Recherche dont M. Oueslati est membre-fondateur à Toulon depuis 1997, après avoir été responsable du Snesup dans le Var jusqu'en 1996.
L'application de la loi LRU sur l'autonomie des universités depuis l'été 2007 a attisé ces tensions.
La majorité de gauche au conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur, à laquelle appartient M. Oueslati en tant qu'élu PRG, s'était déclarée solidaire du mouvement de lutte universitaire au printemps.
Or, selon ses détracteurs, M. Oueslati, élu président de l'université en février 2007 à une large majorité après cinq ans de vice-présidence, a tout fait pour accélérer la mise en oeuvre de la loi LRU, tout en affichant une opposition de façade.
Dans un courrier adressé au Conseil régional en mars, André Segura, maître de conférences à l'université, a même dénoncé des pressions exercées par M. Oueslati sur les membres de la Coordination universitaire toulonnaise en grève.
M. Oueslati a assuré à l'AFP "avoir dénoncé les méfaits de la LRU" mais s'être opposé au blocage du campus.
LE SNESUP PREND ACTE
De son côté, le Snesup-FSU, premier syndicat de l'enseignement supérieur, a "pris acte" de la décision de la ministre, mais en jugeant que certains "problèmes soulevés" découlent de la loi LRU sur l'autonomie des universités.
"Les problèmes soulevés par la composition de l'instance disciplinaire de cette université sont la conséquence directe de la loi LRU. En effet, la commission disciplinaire d'une université doit être constituée de membres élus du CA, ce qui, compte tenu du scrutin à prime majoritaire, pose la question de son impartialité dans de tels cas", estime le syndicat.
Demandant: "Ne reviendrait-il pas au Cneser, dans sa formation disciplinaire, le soin de traiter, dans la plus grande clarté et la collégialité, cette affaire?"
Le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) est une instance représentative et consultative de la communauté universitaire, composée notamment de représentants syndicaux. (AFP)





Dans l'émission complément d'enquête il me semble utile de revoir la fin. Pourquoi le directeur de l'IAE reste-il la bouche ouverte et incapable de répondre à la question posée ? Il est tout de même bizarre qu'un seul enseignant en france est déposé plainte pour un trafic présumé de diplômes. Même remarque pour la tentatives de corruption, comme par hasard à l'IAE. Ces deux faits sont concentrés dans un même lieu : l'IAE de toulon et pas ailleurs. Veut-on porter atteinte aux petites universités ? Veut-on supprimer la gratuité des études sur le principe "ce qui n'est pas cher, n'a aucune valeur"? Cette affaire me laisse très sceptique : un président ne peut pas être dans tous les jurys de délivrance des diplômes et encore moins faire ce qu'il veut. Pour s'inscrire dans une université il faut fournir au minimum ses diplômes.
Rédigé par : pascal | 26.10.2009 à 16h44
Hors sujet? : je reste persuader que ma fille a été congédier en 4e année d'art plastique a cause de son parcoure antérieur qui a été fait en école privée .
Rédigé par : Cazier Jean | 20.10.2009 à 04h45
Pierre,
votre commentaire est intéressant.
J'aurais besoin de vous joindre absolument
patrice
Rédigé par : patlittle | 19.10.2009 à 22h35
Des cabales politiques à l'université, il y en a souvent, mais d'habitude plutôt dans l'autre sens! Des enseignants non "répertoriés" à gauche voient leurs thésards bloqués au moment des votes pour des postes, leur carrière est souvent entrâvée et lorsqu'eux-mêmes briguent des promotions, il n'est pas rare qu'ils soient ostracisés. Ils devraient pourtant être jugés sur leurs travaux, n'est-ce pas? Mais il est tellement facile de "démolir" un confrère en faisant circuler des rumeurs sur sa vie privée ou sur ses capacités intellectuelles! Ni vu, ni connu!
Je ne dis pas qu'une cabale dans l'autre sens est excusable, mais des "irrégularités" dans les universités nous en connaissons tous (à commencer par les diplômes distribués sans aucun cours au printemps dernier! Avec 10 de moyenne à tout le monde!) Il n'est donc pas inutile de faire le ménage dans ces universités qui sont devenues des lieux de non-droit ou les exactions sont monnaie courante et se pratiquent en toute impunité.
Rédigé par : Pierre | 19.10.2009 à 17h28
En Chine, la pratique de tout acheter par la corruption est chose courante, alors faire de même à l'étranger a du leur paraître naturel...!
Il est donc urgent de mettre de l'ordre pour respecter les élèves qui eux font de leur mieux en bossant comme des fous, et travaillant souvent à côté pour financer leurs études...
Rédigé par : Nyima | 19.10.2009 à 16h58
Du moment que c'est lui qui parle de diversité et de cabale politique, on peut lui retourner le compliment!
Effectivement, à qui le crime profite?
Rédigé par : pier21 | 19.10.2009 à 15h59
Suspendu à quoi ?
Rédigé par : glamouille | 19.10.2009 à 15h14