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25.11.2009

A l’OM, c’est Cheyrou de la fortune

PORTRAIT. La courbe de performance de Marseille, qui joue ce soir un match capital de Ligue des champions à Milan, est indexée sur celle de ce milieu de terrain discret et polyvalent. Lire la suite

Il y a une loi de base à l’OM : quand la paire Cheyrou-Niang est en forme, l’équipe brille. Sinon, ça hoquette. On l’a encore vu vendredi, quand l’OM a écrasé 1-0 un pâle PSG, au terme d’un match soporifique. Ce soir-là, le duo n’était pas dans un bon jour.

Mais dans ces cas-là, le milieu de terrain Benoît Cheyrou assure toujours un minimum : il a obtenu la faute qui a amené le but raccroc du défenseur Gabriel Heinze sur coup franc. Sérieux et appliqué, le gars, pas transcendant. Va falloir sortir autre chose ce soir, à Milan (1).

OK, on vous voit grimacer : l’OM n’arrive pas à San Siro au bon moment. Depuis que le Milan AC s’y est fait moucher par le FC Zurich (0-1), il n’a plus perdu. Neuf matchs sans défaite, dont sept victoires. Pis : les Italiens jouent offensifs (si, si) et marquent des buts.

Mais ils prennent des trous d’air derrière. La chance de l’OM ? Il n’y en aura pas d’autre. Marseille joue sa saison européenne. Une défaite ce soir, c’est la porte quasi-assurée en Ligue des champions. Hum…

Il va falloir s’arracher. Car tout le monde connaît le problème de l’OM, Cheyrou le premier : «Les automatismes ne sont pas encore en place. Entre une accumulation de bons joueurs et une bonne équipe, c’est ça qui fait la différence. On a une marge de progression importante.»

Courtois. Mais qui connaît Benoît Cheyrou ? D’un côté, le milieu du foot l’honore comme un grand, un indispensable : les deux dernières saisons, il figurait dans l’équipe type de L1, élu par les joueurs et les entraîneurs. Donc, le meilleur à son poste de milieu relayeur ?

Que nenni. Il n’a jamais mis les pieds en équipe de France. Pourtant, rien ne l’oppose au sélectionneur, dont il a été le capitaine chez les Espoirs, quand Raymond Domenech entraînait les Bleuets.

Alors, quoi ? Alors, rien. «Je ne rentre pas sur le terrain avec le maillot de l’OM en me disant : "Faut que je sois en équipe de France."» Et de toute façon, ce garçon poli, charmant, courtois, ne cherche ni la polémique ni l’exposition. «Je ne suis pas très bankable. Les paillettes ne m’attirent pas trop.»

Quand il rentre chez lui, il déconnecte du ballon pour s’occuper de ses deux enfants. Le foot pro, il en connaît les limites : «Il y a beaucoup d’argent en jeu et donc des gens pas forcément bien intentionnés qui gravitent autour. Il y a certains aspects que je ne cautionne pas forcément.»

Il trouve «ahurissants» les salaires touchés, «par rapport à d’autres métiers très difficiles où des gens peuvent sauver des vies». Ce rejeton d’une mère instit explique : «Faut pas blâmer les footballeurs. C’est le système qui veut ça, et je ne vais pas me plaindre de gagner beaucoup d’argent. Mais les instituteurs, les infirmières : il y a tellement de métiers méritants qui ne gagnent pas beaucoup !»

Sa carrière finie, Cheyrou, 28 ans, ne pense pas traîner dans le milieu qu’il avait, un jour où il s’était lâché, qualifié de «monde de requins». Il rêve plutôt de devenir éducateur : «Faire progresser des jeunes me plairait plus que de rester dans le milieu pro.»

Confiance. Mais bon, il ne crache pas dans la soupe. Il a grandi dans les travées du Racing à Paris, où son père, qui travaillait dans l’informatique, était dirigeant et où son oncle a joué. Il s’est formé à Lille, y a joué pro cinq saisons jusqu’à ce qu’en 2004, son entraîneur, Claude Puel, ne compte plus sur lui. Il a pris «un coup au moral». «Je ne m’y attendais pas, mais il a eu la franchise de me le dire.»

Il est parti à Auxerre se relancer, avec succès. Puis, en 2007, à Marseille. «On m’avait dit, "ici, c’est très fantasque"… Mais j’ai été bien reçu. Par rapport au boulot que je produis sur le terrain, les gens voient que je ne triche pas.»

Le public apprécie ce gaucher complet, avant tout collectif, agressif à la perte du ballon. Sobre et efficace, il a du volume de jeu, de l’endurance, de la ténacité et une belle vision du jeu, avec un pied gauche qui trouve des ouvertures, même s’il dégage parfois une certaine lenteur.

Loin d’être un monstre physique (1,82 mètre, 78 kilos), il n’a pas l’impact des balèzes à la récupération, ni l’hyper-technicité et la vivacité des créateurs de jeu. Il n’empêche. A l’OM, le coach, qu’il s’appelle Gerets ou Deschamps, l’inscrit sans réfléchir sur la feuille de match.

Eric le Belge le voulait plus défensif, «DD» le place plus près des attaquants, chargé d’animer le jeu avec Fabrice Abriel, en attendant que la principale recrue, Lucho González, joue à son niveau. Sorte de patron de l’équipe, Cheyrou aime qu’on lui fasse ainsi confiance. Plus tard, cet admirateur d’Iniesta et Xavi tenterait bien une expérience à l’étranger. Mais avant, il y en a une à ne pas rater ce soir à Milan.

MICHEL HENRY

(1) 20 h 45 sur TF1.

Commentaires

J'admirais déjà beaucoup le joueur et je vois que l'homme a de grandes qualités humaines... merci M. Benoît Cheyrou pour ce que vous apportez à l'OM.

Une telle lucidité est assez rare dans son milieu, c'est avec plaisir qu'on découvre que certains footballeurs restent les pieds sur terre malgré tout!

Chapeau bas Mr Cheyrou, continuez à faire le boulot! Merci pour tout, et profitez bien de vos enfants, c'est effectivement là qu'est l'essentiel!

Un souvenir impérissable au LOSC... un certain Losc-Manchester U...

Respect MONSIEUR Cherou et ce sur tous les plans. Je suis un habitué du Vélodrome et vous ne m'avez jamais déçu ni dans le jeu ni dans l'esprit.

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