Après la grève des poubelles, Marseille veut repasser la gestion des ordures au service public
PATAQUES. Le président de la communauté urbaine Eugène Caselli (PS) suggère de « mettre en régie l'ensemble des arrondissements de Marseille », alors que le privé assure pour l'instant 28% de la collecte. L'UMP l'a violemment attaqué ce matin en conseil communautaire pour « l'échec » de sa politique sur la propreté et ses « promesses non tenues ». Et pour avoir cédé, la semaine passée, au « chantage » de la société Bronzo en grève, ce qui soulève, selon l'élu de droite Bruno Gilles, « le soupçon d'une collusion et d'une entente préalable » démenties par la gauche. Lire la suite
La droite, trop contente de ne plus gérer cette question difficile des ordures, se plait à rappeler que, durant la campagne des municipales en 2008, le candidat de la gauche Jean-Noël Guérini « promettait une ville propre en six mois ». A défaut, il n'y a que « l'échec de votre politique et les promesses non tenues », selon Bruno Gilles (UMP), maire des 4e et 5e arrondissements.
Arrivé au pouvoir par surprise voici 18 mois dans une assemblée où l'UMP est majoritaire, Eugène Caselli gère depuis cahin-caha le problème des ordures.
Il s'est affiché à travers la ville sur des panneaux publicitaires en vantant sa « police de la propreté » dont l'efficacité reste au mieux symbolique.
La semaine dernière, la grève de Bronzo et l'empilement des ordures dans la ville ont mis à bas tous ses efforts (lire l'article).
« Nous avions commencé à obtenir des résultats probants », déplore le président de Marseille Provence Métropole (MPM), ce qui ne convainc guère la droite.
« Nous tenions le bon bout, affirme l'élu en charge du dossier Antoine Rouzaud (PRG). Cette grève met à mal notre réorganisation. Je me demande à qui profite le crime. »
Pendant six jours, les centres de transfert des déchets ont été bloqués par les salariés de la société Bronzo, mécontents de voir un marché leur échapper.
Après avoir prôné la fermeté, Eugène Caselli a brusquement changé de position et cédé, le 4 novembre, en déclarant sans suite l'ensemble des appels d'offre en cours pour les marchés privés de collecte et de propreté (lire l'article).
« Le 4 novembre, alors que vous mettez un costume de CRS le matin, l'après-midi, vous revêtez un costume d'agneau, s'étonne Bruno Gilles. Si vous avez subi des pressions, il faut le dire. »
L'UMP sous-entend que le président de MPM a été contraint d'annuler la procédure parce que la commission d'appel d'offres a contredit le choix préconisé par ses services (Bronzo) et désigné une autre entreprise.
« Le chantage a réussi », déplore Renaud Muselier (UMP), précisant: « Vous estimez avoir juridiquement raison, mais vous avez moralement tort. »
Pourquoi les salariés de Bronzo « avaient-ils connaissance des analyses techniques et des offres », s'étonne Renaud Muselier, qui exige une « enquête interne [à MPM] pour savoir d'où vient la fuite » et demande la suspension de la délégation d'Antoine Rouzaud.
Puis Muselier offre à Eugène Caselli le livre Gomorra, de Roberto Saviano, qui traite notamment des liens entre le ramassage des déchets et la mafia. Caselli le lui rend illico en le jetant à terre, affirmant l'avoir déjà lu.
Muselier clame: « Marseille, ce n'est pas Naples! Les Marseillais sont des républicains, ils n'accepteront jamais ça. »
En retour, Caselli suggère à la droite de relire les observations de la chambre régionale des comptes sur les marchés qu'elle a précédemment passés. Et il dénonce les « amalgames intellectuellement malhonnêtes » de l'UMP.
Ainsi, au fil de ces échanges acerbes, le contrat de « gouvernance partagée » entre la droite majoritaire à MPM et un président de gauche tangue chaque jour un peu plus.
Mais les deux principaux leaders, Jean-Claude Gaudin à droite et Jean-Noël Guérini à gauche, maintiennent l'illusion d'une cohabitation maîtrisée en gardant sagement le silence sur un sujet potentiellement explosif.
Caselli entend désormais « faire en sorte qu'il ne soit plus possible qu'à chaque changement de marché, le cœur de Marseille soit à nouveau défiguré ». Il veut que « la propreté ne soit pas à nouveau un moyen de pression ».
Pas sûr qu'un passage en régie publique évite des grèves. Mais c'est son choix, qui ne manquera pas de réjouir FO, le syndicat majoritaire à MPM et à la Ville.
« A moyens humains et matériels égaux, le coût du public devrait être inférieur », assure Eugène Caselli, qui proposera cette solution à MPM « dès que les études économiques et sociales seront finalisées ».
C'est un virage à 180° de la gauche, qui avait choisi de privatiser le nettoyage dans le centre ville, pour plus d'efficacité.
Pour Patrick Mennucci (PS), maire des 1er et 7e arrondissements, le privé a failli: le conflit Bronzo n'était pas une grève, « mais une prise d'otages pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les intérêts sociaux des salariés ».
L'élu socialiste y voit « l'action illégale d'une entreprise qui a organisé avec ses salariés une manipulation insupportable en bloquant les centres de transferts avec ses camions ». Et qui a gagné.
Or, Bronzo est « filiale à 100% de la SEM », la Société des Eaux de Marseille, « qui a fait beaucoup de profits depuis quarante ans » avec la gestion de l'eau, et qui sera « dans quelques mois filiale à 100% de Veolia », alors qu'elle est actuellement détenue conjointement avec Suez.
« Là aussi [sur la gestion de l'eau], la question du passage en régie est à poser », estime Patrick Mennucci.
MICHEL HENRY





Pourquoi M. Muselier ne porte pas plainte devant le procureur de la République ?
Il s'agit ici d'un cas très grave d'entorse au code des marchés publics.Arrêtez les trémolos sur les marseillais qui seraient des républicains et appliquons la loi !
Je trouve ces pratiques écoeurantes.
Rédigé par : Hector | 10.11.2009 à 08h20
J'habite à Marseille depuis 5 ans et j'avoue n'avoir jamais vu une ville aussi sale : jet de détritus sur la voie publique sans aucune gêne de la part des habitants, excrêments d'animaux jonchant les trottoirs... Cette ville est une insulte à l'hygiène et au respect...
Rédigé par : Fabrice | 09.11.2009 à 21h11
dans mon commentaire il s'agit d'activité, les entreprises ( avec un s ), affrété en lieu et place d'afféter.
Et ce que ne dit pas mon commentaire il y avait l'accord de l'académie et un délai de 12 jours ne permettait pas à DARCHES-GROS de répondre favorablement quelle rigidité stalinienne !
Rédigé par : gudule | 09.11.2009 à 19h00
Bien sûr quand une " acivité " est d'intérêt général elle doit relever du public car contrairement à ce qu'on nous chante le service rendu sera toujours d'un meileur rapport qualité/ coût, j'en veux pour preuve le prix de l'eau par les régies trois fois moins chères que la tarification par des entreprises privées. Pour les transports en communs les subventions ( considérées normales ) allouées aux entreprises privées ne sont jamais dénoncées alors que que pour la SNCF on décrie les soi-disants déficits qui s'apparentent à des subventions ( c'est une question de sémantique ) et il est fréquent d'avancer comme argument que les entreprise privées rendront un meilleur service et bien en Seine et Marne avec l'entreprise de car DARCHES-GROS afféter par le conseil général pour les transports scolaires ce n'est pas le cas il leur fut impossible de modifier leur planning, à savoir, faire fonctionner les cars scolaires le mercredi 4 novembre 2009 afin de permettre le pont de l'ascension le vendredi 22 mai. Je répète il leur fut impossible de remplacer le vendredi 22 mai par le mercredi 4 mai. C'est ça l'entreprise privée !
Rédigé par : gudule | 09.11.2009 à 17h29
La gauche confond généralement le service public avec la structure juridique des organismes qui l'assurent. Ainsi, relever les ordures n'est pas un service public pour la gauche à partir du moment où ce travail est assuré par des entreprises privées. Il faudrait qu'elle apprenne à distinguer la nature du service du statut des entreprises et des salariés. Ce qui est bon pour les ordures est valable pour l'enseignement, la santé, la distribution du courrier, etc.
Rédigé par : DDA | 09.11.2009 à 16h48
J'habite à Marseille depuis 1973 soit 36 ans. J'entends parler de la propreté de Marseille depuis 36 ans. Deferre, gaudin, mpm, la droite, la gauche......La ville est toujours aussi sale.
Rédigé par : zebre233 | 09.11.2009 à 16h34
Soit, en régie publique, mais avec des contrats interdisant explicitement le droit de grève aux employés sous peine de licenciement.Certainement la meilleure solution, mais qui demande du courage...
Rédigé par : thierrymoreau | 09.11.2009 à 15h55
Marseille est une ville sale. L'incivilité de ses habitants est au centre des débats.
Il y a un énorme travail d'éducation et d'information à faire en aval.
Mais bon si ils aiment ...
Rédigé par : zérozaza | 09.11.2009 à 15h47
Mais pourquoi personne ne parle du rôle d'Alexandre, le frère du président du CG13, homme d'influence et pourtant bien concerné par cette grève et ce dossier ?
Rédigé par : Napoli | 09.11.2009 à 14h57
la propreté à marseille ! un double problème : l'incivisme de la plupart des habitants qui ignore ce qu'est le bien public et qui pourrisse les rues en toute impunité et le manque de volonté des employés de mpm qui profite de cette honte qu'est le fini parti pour bâcler le travail eux aussi en toute impunité. tant que les manquements de mpm et des marseillais ne seront pas sanctionnés la ville sera pourrie.
Rédigé par : geneker | 09.11.2009 à 13h43