suivez ce libeville sur twitter

Ecoutez RadioLibe

27.11.2009

L’armateur CMA CGM manque de liquide

TRANSPORT MARITIME. Asphyxié par les dettes, le français, numéro trois mondial du transport maritime, joue son avenir. Lire la suite

Juillet 2008 à Yangshan (Chine), le plus grand port de porte-conteneurs du monde, situé à une petite centaine de kilomètres au sud de Shanghai. Depuis la passerelle du poste de commandement du Puccini, un des plus gros bateaux de la flotte CMA CGM - un mastodonte capable de transporter 70 000 tonnes de produits made in China -, la vue est imprenable.

A 44 mètres de hauteur, on domine une forêt de conteneurs. A l’époque, pas l’ombre d’une crise. Juste la menace d’un ralentissement. «On devra se contenter d’une croissance de 10% cette année, ce qui reste colossal», nous confiait Frédéric Campagnac, directeur général de CMA-CGM en Chine.

Tiré par la croissance chinoise, le transport maritime a alors un drôle de niveau de vie : les prix des bateaux flambent, les carnets de commandes de porte-containeurs explosent et les taux de fret s’envolent… Le retournement du marché maritime ? «On sait bien que cette bulle va finir par éclater. Mais le groupe est très solide, on devrait en sortir plus forts que nos concurrents», assurait Campagnac.

Monsieur Loyal. Un an et demi plus tard, la photo a radicalement changé : CMA CGM, numéro 3 mondial du fret maritime qui a grossi trop vite, est au bord du dépôt de bilan, asphyxié par une dette de 6 milliards de dollars (4 milliards d’euros).

Jeudi, 63 banques avaient rendez-vous à Bercy pour négocier d’arrache-pied avec la famille Saadé, propriétaire du groupe. Depuis deux mois, les créanciers paniquent devant une situation de trésorerie qui ne cesse de se détériorer.

La tension est telle que l’Elysée a enjoint le ministère de l’Economie d’endosser fissa le costume de Monsieur loyal, voir de «facilitateur». Objectif des pouvoirs publics : boucler un plan de sauvetage du groupe avant la mi-décembre.

«La situation est très préoccupante, mais pas désespérée», dit-on au gouvernement. Et pas question d’intervenir directement via le Fonds stratégique d’investissement (FSI) sans avoir obtenu au préalable des efforts significatifs de la famille Saadé, les actionnaires, et de ses créanciers.

En chiffres, CMA CGM fait froid dans le dos. Sa dette, surtout, effraie : les 5, 972 milliards de dollars, sont portés à 61% par plusieurs banques françaises, dont Natexis Banques populaires, la Société générale et la BNP Paribas, selon nos informations.

«Le FSI a le plein soutien de l’Elysée pour ne pas y aller sans contreparties, ce qui rend Michel Pébéreau [président du conseil d’administration de BNP Paribas, ndlr] hystérique», commente un proche du dossier.

Bonne franquette. Jacques Saadé, 72 ans, propriétaire et patron, sera aujourd’hui sur la sellette. Les banquiers réclament qu’il soit écarté. Au cœur des discussions : l’ébauche d’une nouvelle gouvernance. Un terme décalé pour l’entreprise Saadé, gérée à la bonne franquette familiale depuis une vingtaine d’années. Même numéro 3 mondial, la CMA CGM ne publie pas ses comptes.

D’où un petit problème de transparence. «Il y a une critique sur notre fonctionnement, concède un proche du groupe. Nous sommes ouverts à toute évolution.» Jacques Saadé a placé sa famille au plus haut niveau : son fils Rodolphe est directeur général ; sa fille Tanya est vice-présidente du conseil de surveillance, dont sa femme Naïla est membre…

Pour que les banques acceptent une remise de dette et pour que l’Etat mette quelques billes, le minimum serait de remettre de l’ordre dans l’organigramme et dans la galaxie de sociétés offshore autour du vaisseau amiral. Jacques Saadé y serait prêt, à quelques réserves près. OK pour ouvrir le capital à un fonds, mais pas à un opérateur industriel ; d’accord pour nommer un dirigeant susceptible de «rassurer les banques», mais pas au point de lâcher la barre.

Pressenti, Denis Ranque, ex-patron de Thales, était hier à Marseille, siège du groupe, afin d’en discuter avec le boss. Pourquoi Denis Ranque ? Viré par Dassault de Thales, l’Etat avait une petite dette envers lui. Et Alexandre de Juniac, directeur de cabinet de Christine Lagarde, est lui aussi un ancien de Thales et un proche de Ranque.

«On ne peut pas se passer des Saadé, mais il faut aussi trouver une personnalité qui rassure les banquiers», assure une source gouvernementale.

«Qui va être le patron ? Voilà la vraie question : le partage du pouvoir, résume Renaud Muselier, député marseillais UMP. Mais il n’y aura pas une démantibulation de l’entreprise.» Côté syndical, le représentant CFDT des officiers, Jean-Marie Le Gaffric, affirme : «Nous ne souhaitons pas voir Saadé disparaître au profit de purs financiers.»

Délégué central du même syndicat, Paul Golain opine : «On souhaite rester un groupe familial. Et on espère que les banques accorderont les lignes de crédit, qu’elles agiront comme l’Etat a agi avec elles quand elles ont été en difficulté et qu’elles n’en profiteront pas pour asphyxier l’entreprise.»

Pour calmer les inquiétudes, CMA CGM a annoncé le 18 novembre que le résultat opérationnel «devrait revenir à l’équilibre dès décembre». Et les lignes Asie-Nord Europe (un quart des volumes transportés), sont «redevenues bénéficiaires en octobre».

Mais tout cela ne suffit pas, les 16 500 salariés se sont ainsi vus proposer de renoncer au paiement du treizième mois en décembre : s’ils sont d’accord, ils ne le toucheront qu’au printemps. Selon la CFDT, cette demande a été bien accueillie : «Le report est bien suivi, assure Paul Golain. C’est une marque de confiance du personnel envers la direction.» 

GRÉGOIRE BISEAU, NATHALIE RAULIN, RENAUD LECADRE, MICHEL HENRY

Commentaires

ca craint

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce blog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

MODE D'EMPLOI

  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur ce site (sans oser cliquer).

Libé a aimé

Liens

    • Aller sur Libération.fr:

Alertes Messenger

SUR LIBERATION.FR