A Marseille, le préfet tacle le monde du foot et délivre ses « prix citron »
BONNE ANNEE! Haro sur le foot, ses violences, ses salaires « indécents » et ses dirigeants « arrogants ». Haro sur les « parangons de vertu » et autres « ayatollahs du statu quo », soit quelques élus locaux. Et haro sur le principe de précaution, « une histoire de fous » dont « on crève »: Michel Sappin, préfet des Bouches-du-Rhône et de la Région Paca, a délivré mardi, lors des voeux à la presse, ses « prix citron ». Et réitéré son souhait de voir Aix et Marseille travailler ensemble au sein d'une future structure métropolitaine. Lire la suite
LE FOOT
« J'adore le foot, dit le préfet, je vais à tous les matches de l'OM, mais le monde du foot a perdu complètement la tête. Il y a un tel climat de haine! Marseille à feu et à sang plusieurs fois! »
Le préfet fait référence aux divers incidents survenus lors d'Egypte-Algérie et d'OM-PSG, à l'automne.
« Pour le dernier OM-PSG, on a mobilisé 1 500 policiers et gendarmes pour 22 joueurs. Soit, pour qu'un joueur puisse taper dans un ballon, il faut 100 personnes chargées de la sécurité: mais elles ont autre chose à faire! Si on continue à déconner au niveau des supporteurs ou pseudo-supporteurs, il faudra jouer ces matches à huis clos, on sera plus tranquilles. Si le monde du foot est un monde de voyous, arrêtons de jouer au foot. »
Le préfet est aussi dégoûté par les salaires « scandaleux ». Notamment celui proposé à Mancini, que l'OM essaye de faire venir de l'Inter de Milan: « On discute pour savoir si ce sera 300 000 euros mensuels net ou brut...300 SMIC par mois! C'est indécent, quand on se tape une crise comme on la connaît, de voir des salaires pareils jetés à la tête des Français. »
Michel Sappin s'en prend aux dirigeants de la Ligue et de la Fédération, dont il critique « l'arrogance », « l'isolement et l'égocentrisme »: « Ils n'ont pas de leçon à donner, je n'en accepte pas d'eux. »
Seul le patron de l'OM, Jean-Claude Dassier, trouve grâce à ses yeux: « Je suis bien content qu'il y ait eu un changement à la tête de l'OM. Pape Diouf [le précédent président, débarqué avant l'été 2009], en deux ans, je ne l'ai jamais vu. Jean-Claude Dassier, on le voit, et les contacts sont positifs. Il arrive dans ce monde avec une attitude un peu saine et réaliste. »
LES « PARANGONS DE VERTU »
Pour le préfet, les « ayatollahs du statu quo » qui « pensent qu'ils sont les meilleurs » devraient arrêter leur « discours hypocrite ».
Michel Sappin ne donne pas de nom. « Il y en a dans les milieux politiques, économiques, et sociaux, notamment dans les syndicats. »
Le préfet vise notamment les élus locaux en colère contre la réforme des collectivités locales. « Tous sont d'accord pour dire qu'il faut changer quelque chose [dans l'organisation des collectivités]. Mais chez eux, non. Chez le voisin. »
On croit saisir que ces remarques concernent aussi Michel Vauzelle, le président de la Région PS, avec qui il a eu quelques mots. Notamment sur les crédits européens rendus car non consommés, du fait, selon Vauzelle, des carences de l'Etat.
Le président de Région les avait chiffrés à 17 millions d'euros. « Face à la catastrophe annoncée avec légèreté par certains, la réalité est divisée par quatre », assure Michel Sappin.
Dans une interview à
Objectif Méditerranée de décembre-janvier, Michel Sappin précise:
« Michel Vauzelle a tenu des propos erronés sur les fonds
européens, qui reposaient sur des chiffres qui n’étaient pas
bons. Il voulait faire de la polémique et de l’agitation dans un
climat préélectoral. Les Conseils régionaux bénéficient-ils de
fonds européens importants ? Oui… En ont-ils fait un usage
magnifique ? Non… […] J’ai lu quelque part que Michel Vauzelle
souhaitait des excuses. Je n’ai à m’excuser de rien. »
LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Selon les déclarations du préfet, ce mardi, « on crève du principe de précaution. C'est une histoire de fous. Vous imaginez, si Christophe Collomb avait pensé au principe de précaution? On attendrait toujours de découvrir l'Amérique. C'est contre-productif. C'est un frein. »
Le préfet est pour un « devoir de précaution », pas un principe. « C'est une paralysie à terme. Il faut que ça cesse. La précaution comme but absolu de l'activité humaine, c'est absurde. »
L'ABSENCE DE GRANDE MÉTROPOLE
C'est le dada du préfet: « Il faut que la communauté Aix-Marseille voit le jour. »
Il y a du boulot.
« Marseille, Aix, étang de Berre: cette gouvernance a été ratée. Mais il faut que les moyens soient redistribués. Que les riches aident les plus pauvres. Qu'il y ait une gouvernance partagée. »
Voeu pieux, pour l'instant.
Dans l'interview à Objectif Méditerranée, le préfet estime qu'il faudrait passer par la contrainte:
« Doit-on laisser faire les choses, croire au volontariat ou imposer une plus grande ambition métropolitaine ? Christian Frémont [ancien préfet des Bouches-du-Rhône, désormais directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l'Elysée] et moi savons bien que le volontariat ne suffira pas… »
« Lorsque la loi sur les grandes métropoles sera discutée, je suggère d’imposer un certain nombre de décisions. On a raté la communauté urbaine de Marseille. Gaston Defferre comme Robert Vigouroux [tous deux anciens maires] n’ont jamais été des fanatiques de l’intercommunalité. Ils ont cru qu’ils pourraient se développer seuls : ils se sont plantés ! »
« Et, quand la décision de créer une intercommunalité a été prise, on est restés sur un petit braquet. Il fallait aller jusqu’à l’étang de Berre, Aix-en-Provence. [...] On a donc créé une communauté marseillaise pauvre, alourdie par les charges de centralité et dont les richesses fiscales sont à l’extérieur. [...] »
Il ajoute, à propos d'Aix et Marseille, dont les maires, du même bord (UMP), se regardent en chiens de faïence:
« Quand on survole les deux communautés, on se rend compte qu’elles se touchent déjà, avec l’Arbois et Plan-de-campagne. Dans les faits, cette agglomération-là existe déjà, avec un aéroport commun, deux gares TGV. Ce rapprochement se fera-t-il sur la base du volontariat ? On peut en douter… On n’ira pas jusqu’au bout sans une incitation forte inscrite dans la loi, voire une obligation. »
Un peu plus loin dans l'interview, il en remet une louche:
« Cette région a plus besoin de dynamisme et de vigueur que de consensus. Le rôle d’un préfet n’est pas d’être campé dans la réserve, où l’on fait des courbettes aux uns et aux autres du matin au soir. Je le redis : je pense profondément que l’organisation de la métropole marseillaise est complètement défaillante. »
Mais le préfet se méfie des expressions comme le « Grand Marseille » prôné par Renaud Muselier (UMP).
Dans cet interview à Objectif Méditerranée, Sappin suggère de gommer « l’expression "Grand Marseille", qui fera fuir Aix et d’autres. Parlons donc d’une grande métropole provençale. Il s’agit de faire en sorte que cette grande métropole, qui existe dans les faits, qui va jusqu’aux lisières du Vaucluse et d’Avignon, qui passe par Arles et Nîmes jusqu’à Toulon, devienne une réalité institutionnelle. »
Avec des transports à la hauteur:
« Quand on mesure la faiblesse des transports entre Marseille et Aix, Marseille et Avignon ou encore Marseille et Toulon, c’est honteux par rapport à ce qui devrait exister. On a inauguré l’année dernière, sur une moitié de trafic, la deuxième voie ferrée entre Aix et Marseille. C’est extraordinaire ! La deuxième ville de France et la onzième n’étaient réunies que par une seule voie ! Entre Marseille et Toulon, on vient de poser en grandes pompes la première pierre de la future troisième voie ! Tout ça est scandaleux ! Le XXe siècle a totalement ignoré les transports en commun en région PACA. Il y a une grande responsabilité des hommes politiques de ces époques-là. Contrairement à ce qui s’est passé ailleurs en France, ici, on s’est fichu des transports collectifs ! Nous n’avons que deux lignes de métro à Marseille ! Il faudra aller au-delà. »
M.H.





est ce vraiment la place d'un prefet, a l'approche d'elections regionales d'intervenir sur ces sujets?
Comme toujours, les prefets sont les representants de l'état (donc, dans la realité de 2010 de Mr Sarko)
alors decidemment, tout est bon!!!
Rédigé par : tresor84 | 14.01.2010 à 23h16
Les préfets de passage se contentent de faire des imprécations avant de continuer leur carrière à Paris et à l'Elysée comme Frémont.
Qu'a fait de concret ce Monsieur Sappin pour cette région mis à part d'être l'agent électoral de Sarkozy et de l'UMP ?
Rédigé par : Nemo | 13.01.2010 à 11h54
Voir à ce sujet, le blog de J. Boulesteix ce matin :
http://boulesteix.blog.lemonde.fr/
Rédigé par : René T. | 13.01.2010 à 11h47
Voici un préfet qui mériterait le portefeuille de secrétaire d'Etat aux sports, plutôt qu'une insignifiante Rama Yade.
Rédigé par : Ruth | 13.01.2010 à 08h57
D'accord sur pratiquement toutes les remarques de Michel SAPIN.
La concrétisation d'une grande métropole régionale est plus que jamais indispensable.
Dans les voisines de Marseille, il oublie AUBAGNE, dont les dirigeants (avec ceux de l'agglo) ménent un combat d'arriére garde pour ne pas se fédérer avec leur grande soeur.IL faudra malheureusement être directif!
Rédigé par : Angelo | 13.01.2010 à 07h57
Un petit rappel: en français, les noms des fonctions ne prennent pas de majuscules. On écrit le maire, l'évêque ou le préfet, et non le Préfet...
Rédigé par : courtin | 13.01.2010 à 07h01
"on a mobilisé 1500 policiers et gendarmes pour 22 joueurs. Soit, pour qu'un joueur puisse taper dans un ballon, il faut 100 personnes chargées de la sécurité: mais elles ont autre chose à faire!"
Mais quelle démagogie... et surtout quelle ineptie. Les 1500 policiers sont déployés pour les SUPPORTEURS ! Qu'est-ce que c'est beau les effets d'annonce hystériques. Pfff...
Rédigé par : Pascal13 | 13.01.2010 à 06h38
Et la presence massive des immigres a Marseille,le prefet y-a-t-il pense?
Rédigé par : lecoq | 13.01.2010 à 06h30
100% d'accord.
Esperons que ca ne restera pas des voeux pieux...
Sur les transports, c'est catastrophique. Combien de decennies pour rattrapper le retard pris a cause de quelques roitelets vivant encore au XIXeme siecle?
Rédigé par : mitch | 13.01.2010 à 00h59
Un seul oubli du préfet donneur de leçons : jamais personne à Marseille, pas plus aujourd'hui qu'au XXème siècle, n'a eu le pouvoir de décider de la nature, de la fréquence ou de la qualité des transports qui sillonnent notre région. Cette responsabilité incombe à l'administration centrale, dont le préfet est censé être le relai dans notre département. Le choix du nombre de lignes de train ou de leur trajet relevait de ministères aussi pharamineux que celui (gaulliste) du plan, celui (miterrandien) de l'aménagement du territoire, etc, etc...
Si les régions avaient eu une quelconque influence sur le développement des transports, pensez-vous donc que le Limousin ou l'Auvergne seraient dans l'état de désertification avancé qu'on leur connaît aujourd'hui. L'administration française et ses élites parisiennes sont responsables de ce qu'on appelle en géographie internationale le "désert français", et notre développement urbain, s'il dépendait de nous, serait autrement plus cohérent que ce que l'état nous "aménage" depuis Paris. Décidément, le centralisme a encore une longue vie devant lui, même s'il a, chez nous, la particularité de sentir le "Sappin".
Rédigé par : manumars | 13.01.2010 à 00h16
A lire...
Rédigé par : Jibrayel | 13.01.2010 à 00h16
A lire absolument
J. Louis Gagnaire
Rédigé par : Jibrayel | 13.01.2010 à 00h16
incohérent ce préfet il trouve abérant le salaire que demande MANCINI,il se félicite de l'arrivée de DASSIER lequel cherche à recruter MANCINI!!!!!!!
Rédigé par : SIMON | 12.01.2010 à 23h05
Enfin quelqu'un qui parle des vrais enjeux sur Marseille et environ . De l'absurdité du manque de transport en commun sur cette super agglomération ,déjà existante dans les faits et sur le terrain ,mais absente de l'esprit des soit-disant hommes politiques , qui se soucient de tout sauf de la vie de la cité. A quand un réseau type RER distribuant 50 Km alentours de Marseille?Tout la région aurait à y gagner et les citoyens aussi. Mais peut être est ce un peu trop avancé pour les esprits étroits et d'un autre temps des hommes politiques de la région.
Rédigé par : chris | 12.01.2010 à 22h54
Eh bien, pour une fois, qu'il y en a un qui ne manie pas la langue de bois, ça fait plaisir.
Je ne suis pas capable de juger de la pertinence de ces jugements (sauf sur le foot...et alors là 100% d'accord) mais au moins le ton est rafraîchissant...
Rédigé par : polybe | 12.01.2010 à 22h12
Enfin des propos sensés qui soulignent la pauvreté de l'aménagement du territoire en PACA dûe à l'inéfficacité de nos élus...voir par exemple l'organisation des transports en commun à TPM...c'est à en pleurer...30 ans de retard par rapport à d'autes régions de France.
Rédigé par : VILLACHON | 12.01.2010 à 21h27
Pourtant que c'est bon la tarte au citron!
Rédigé par : zérozaza | 12.01.2010 à 20h21