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17.02.2010

La région Provence, «un produit»

ELECTIONS DES 14 ET 21 MARS. Pour Alèssi Dell’Umbria, auteur d’un livre sur l’histoire marseillaise, l’unité de la région n’est que marketing. Lire la suite


Auteur d’une remarquée Histoire universelle de Marseille (Agone, 2006), militant de la langue occitane, Alèssi Dell’Umbria est un Marseillais qui combat «l’actuelle rénovation urbaine» de la ville. Il vient de publier la Rage et la Révolte (Agone).

    La région Paca a-t-elle une identité ?

    Mais de quelle région parle-t-on ? Récemment, on a eu droit à une polémique sur le nom. Moi, j’aime bien Paca. Ça fait logo, et ça dit bien la réalité des choses. La Provence, il y a longtemps que ce n’est plus qu’un produit, une étiquette. Et pour vendre un produit, il faut un logo.

    A-t-elle une unité ?

    Les régions obéissent à un découpage administratif qui ne correspond guère à la réalité des circulations humaines. Celles-ci s’organisent autour des villes, et que voit-on ? Les trois principales villes, Toulon, Nice et Marseille, s’ignorent, se tournent résolument le dos. La Provence est un pays disloqué, désarticulé, inféodé. S’il y a une unité, elle existe en termes de marketing : la Provence solaire et balnéaire. Dans les années 60, le territoire européen a été découpé en zones de compétences. Pour la Provence, cela consistait à devenir le bronze cul de l’Europe.

    Et au niveau culturel ?

    La culture d’un pays est toujours liée à sa langue. De toutes les régions de l’espace occitan, c’est celle qui a le plus perdu sa langue. Le provençal n’existe plus que dans les marges, de façon presque clandestine. La culture ? C’est, d’une part, une stratégie d’entertainment, la Provence des festivals. Et d’autre part, des villes qui ne vivent qu’en commercialisant les reliquats de leur passé : voyez Arles ou Avignon. Pour le reste, la culture d’en bas, des indigènes, est en voie de disparition accélérée, et dans les zones rurales encore plus. La région ne vit plus qu’en représentation. Et quand les nucléocrates décident d’un projet aussi calamiteux qu’Iter (1), c’est en Provence qu’ils vont logiquement le réaliser, vu l’image de la Californie européenne qui colle à cette région. Ici, le pays a disparu. Il ne reste plus qu’un environnement.

    Donnez-nous un exemple.

    Un ouvrier des carrières de Fontvieille [Bouches-du-Rhône, ndlr] me racontait récemment - en provençal ! - comment, en quelques décennies, tous les liens communautaires autour des pratiques de chasse ou de cueillette ont disparu, simplement à cause du fait que l’espace s’est retrouvé clôturé. Les gens des villes qui achètent clôturent : rien ne doit troubler leur quiétude estivale. Ils s’enferment dans leur Provence solaire. Le rapport à l’espace s’en trouve complètement bouleversé. Un berger du Var m’a dit avoir rencontré les mêmes problèmes, à cause des clôtures qui ferment les passages habituels des troupeaux, les drailles.

    Autre exemple : la préfecture a fait détruire les cabanons ouvriers de Beauduc, en Camargue, et sur la plage de Fos [Bouches-du-Rhône, ndlr]. A Marseille, la ville les fait démolir. Au nom de l’accès au littoral ! Quand on pense à tout ce qui a pu être construit par les promoteurs, à ces barres de béton qui défigurent pour toujours la côte, dans le cadre du Plan, et on vient nous mettre la misère pour quelques cabanons ! Là, c’étaient les gens des environs qui s’appropriaient l’espace, en douceur, avec de petits moyens, et qui développaient une forme de vie commune. Un espace habité, non un territoire aménagé, comme à Port-Camargue [Gard] ou Palavas [Hérault]… Mais cette façon de vivre au bord de la mer n’a plus sa place. Il faut un littoral libéré des indigènes, pour laisser place à l’industrie touristique.

    Récemment, Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille, a créé la polémique en déclarant, après un match de foot Algérie-Egypte : «Nous nous réjouissons que les musulmans soient heureux du match, sauf que, quand après ils déferlent à 15 000 ou à 20 000 sur la Canebière, il n’y a que le drapeau algérien et il n’y a pas le drapeau français, cela ne nous plaît pas.»

    Mais c’est au contraire assez plaisant de voir Marseille assumer un tel statut d’extraterritorialité ! Il y a là quelque chose d’intéressant, une faille dans l’édifice verrouillé de l’Hexagone. Certains de ces jeunes sont algériens, c’est normal de voir des immigrés s’enflammer pour l’équipe du pays d’origine, non ? Mais beaucoup sont nés à Marseille. Pour eux, l’Algérie n’est pas un pays réel, mais une sorte de référence utopique. Parce qu’ils ne se sentent pas français.

    Est-ce pour autant une forme de communautarisme ? Non, parce qu’au quotidien un Arabe marseillais est plus proche d’un Marseillais d’origine italienne, provençale ou corse, que de quelqu’un qui vient de débarquer d’Algérie. Beaucoup de ces jeunes disent : on n’est pas français, on n’est pas algériens, on est marseillais. Moi-même, je ne me sens pas français. Je me sens marseillais. C’est la seule appartenance qui a un sens pour moi. Au quotidien, je parle français (à la marseillaise), occitan et italien. Avec quelques mots d’arabe.

    La région ne souffre-t-elle pas surtout de ses pouvoirs limités, en tant qu’institution ?

    On a créé les régions uniquement pour décongestionner l’administration d’Etat. Certainement pas pour laisser apparaître des espaces d’autonomie et de contre-pouvoir. En dernière issue, c’est toujours la stratégie d’aménagement décidée par l’Etat central et les eurocrates de Bruxelles qui tranche. Et, de toute façon, les élus qui gèrent les grandes villes ont tous la tête en forme d’hexagone. En plus de leurs responsabilités municipales ou régionales, ils occupent tous des charges politiques nationales : députés, sénateurs, ministres… De façon générale, la région n’est pas un espace de contre-pouvoir. En France, elle ne l’a jamais été. Quant aux élections régionales à venir, qui s’en soucie ?

    RECUEILLI PAR MICHEL HENRY

    (1) Ce méga projet d’expérimentation scientifique vise à créer de l’énergie à partir de la fusion thermonucléaire. Il est en cours de construction à Cadarache (Bouches-du-Rhône). Coût prévu : 10 milliards d’euros.

    Commentaires

    Alèssi Dell’Umbria arrive à une conclusion qui ne veut pas regardé de face depuis d'ailleurs de nombreuse années. Pour lutter contre tous les mots qui sont exposé dans son interwieu. Il faut le développement en france de partis régionalistes qui on montrés toute leur utilité, par exemple en ecosse, catalogue, pied mont, pays basque, flandre,..). L'assise politique apporte une légitimité et la possibilité de développer une action forte.

    Vive le Partit Occitan

    Et Encore le viel idiome du conservatisme local " rien ne doit bouger, rien ne dois changer sous le soleil " ... Voilà ce qui a tué Marseille, ça et le merveilleux clientélisme des politiques qui reprennent ce discours à leur compte.

    Remercions l' état et l' Europe de voir en Marseille ce que sa population n'a jamais été capable de voir comme opportunités de développement

    De toute façon cela fait longtemps que Paris régente tout et prétend le faire au mieux des intérêtes de tous.
    La denaturation de l'espace occitan, le mépris pour la culture bimillenaire, montre ou se situent les barbares et le peu d'estime qu'on nous porte.
    La morale éternelle est la suivante: ne jamais compter sur des étrangers pour protéger tes valeurs et defendre son bien.
    Surtout s'ils se prétendent universalistes et françhimands.
    L'histoire l'enseigne depuis toujours."

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