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25.03.2010

La tour Odéon, un projet qui crée des remous à Monaco

ENQUETE (affaire tour Odéon, 2). On n'est jamais trop prudent. Marzocco, le promoteur monégasque, avait fait bénir le site de la tour Odéon par un prêtre, le 4 novembre 2009, avant de démarrer les travaux. « Nous sommes catholiques et nous souhaitons que tout se passe bien dans la réalisation de ce projet », commentait-il à Monaco-Matin. Hélas, la protection divine n'a guère duré: la future tour monégasque est au centre d'une affaire présumée de corruption instruite en France. Lire la suite

Pour la principauté de Monaco, l'enquête judiciaire est « une affaire purement française », nous affirmait en décembre Gilles Tonelli, conseiller du gouvernement pour l'Urbanisme. L'enquête n'influe en rien sur le chantier, côté monégasque.

Mais sa position, juste sur la frontière avec Beausoleil, inquiète l'association « Odéon Riverains », qui dénonce les « préjudices énormes » à venir, côté français: ombre portée, dévaluation des biens, atteinte écologique et gêne pendant les 56 mois de travaux colossaux (100 000 m3 de terre à évacuer).

« On n'a aucun intérêt à cette tour et c'est nous qui sommes embêtés! », pestent ces riverains.

Si les travaux ne subissent pas d'incident, côté monégasque, il n'en vas pas de même, côté français.

Vinci, le constructeur, a fait, à l'automne, une déclaration de travaux auprès de la commune de Beausoleil, car le chantier empiète sur le côté français. La commune dirigée par le maire Gérard Spinelli s'y est opposée, le 8 janvier, puis a pris un arrêté municipal pour les stopper, début mars.

Avant de les réautoriser partiellement pour des raisons de « mise en sécurité », puis d'être désavoué par le Préfet, ce qui crée un embrouillamini...[lire le détail sur le site de Odéon-Riverains]

Deux riverains ont également engagé, en juillet 2009, un recours devant le tribunal suprême de Monaco, pour demander l'annulation du permis de construire.

Selon leur avocat, Me Frank Michel, une « commission mixte franco-monégasque » devait préalablement se réunir. Ça n'a pas été fait: le projet s'est monté sans concertation avec la France.

« Nous n’avons jamais discuté avec l’Etat français, car il n’y avait aucune raison à cela, rétorque Marzocco. Le projet est exclusivement monégasque. »

Bien que saisies par les riverains inquiets, les autorités françaises sont longtemps restées passives.

Le ministère français des Affaires étrangères a même indiqué que « la voie juridique ne serait pas la plus efficace pour obtenir une solution à ce problème ».

Avec ses 49 étages et 50 000 m2 habitables, la double tour Odéon vise le très haut standing, qui pourrait se vendre à 40 000 euros le m2.

La tour Odéon devrait être suivie par d'autres grands immeubles, dans le même quartier de l'Annonciade.

La Principauté a changé en 2006 son plan d'urbanisme pour permettre de construire plus haut et plus dense.

« Une belle opération immobilière pour la Principauté », assure Gilles Tonelli.

Pas sûr: le projet a provoqué une inhabituelle crise politique en 2009, côté monégasque.

Pour que la tour se fasse, l'Etat a, via une loi votée au Parlement en février 2009, cédé des terrains publics au promoteur.

Il recevra en échange des appartements dans la tour, une partie en don, l'autre à tarif « préférentiel » (24 000 euros le m2).

Les parlementaires ont trouvé l'Etat monégasque peu regardant lors de ces négociations.

Puis se sont étranglés: le promoteur manquant de soutiens bancaires, la Principauté a pris, à l'été 2009, tout le risque financier à son compte, ce qui représente 500 millions d'euros.

« Ce n'est pas la vocation de l'Etat de financer un projet privé », regrette un élu.

Pire, les m2 promis en contrepartie par le promoteur n'étaient pas clairement définis et ont nettement diminué en cours de route.

« On s'est faits avoir sur les surfaces, peste un élu. Ils ont changé les termes du contrat après nous avoir fait voter le projet. S'il était passé devant notaire, ce contrat serait nul. »

Conseiller d'opposition, Laurent Nouvion a dénoncé un « passage en force » du gouvernement. En vain.

Car l'enjeu est d'importance: la Principauté est à l'étroit sur ses 2 km2. Elle a, crise oblige, renoncé à s'étendre sur la mer. Et s'est rabattue sur le projet Odéon, qui doit se faire, coûte que coûte.

MICHEL HENRY (envoyé spécial à Monaco)

Lire les autres articles de notre dossier:

Tour de cash cash à Beausoleil

Marzocco: l'affaire "ne nous concerne en rien"

Les explications de René Vestri

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