Le Pen, derniers feux
ELECTIONS DES 14 ET 21 MARS. C'est la guéguerre de l'extrême droite. Candidat aux régionales en Paca, le chef du FN a balancé un Scud contre le maire d'Orange, dimanche, en meeting à Marseille. Lire la suite
C'est sans doute sa dernière campagne, et Le Pen emploie toujours les mêmes méthodes.
Il réserve d'abord, devant la presse, un Scud pour le maire d'Orange, Jacques Bompard (extrême droite). Cet ex du FN menace de lui grapiller quelques voix en se présentant sous une étiquette, la Ligue du Sud, inspirée de la Ligue du Nord italienne.
« Pour la Ligue du Nord, les nègres commencent au Sud de Milan, assène Le Pen. Pour eux, [Bompard] est un bougnoule. Mais M.Bompard ne le sait pas. »
Jacques Bompard a réagi lundi par communiqué: « Ses pathétiques bouffonneries ne sont pas destinées à faire rire ses auditoires clairsemés, mais à servir d’exutoire à sa personnalité méprisante, accablée de devoir bientôt quitter une scène politique où elle ne fait plus trembler personne, pitoyable épouvantail, bientôt oublié au fond d’un champ épuisé et ruiné.»
Au-delà de ce dérapage contre Bompard qui avait auparavant traité Le Pen de "Tatie Danièle de la politique", le chef du FN n'aborde en rien la politique régionale: elle ne l'intéresse pas.
« C'est de la France qu'il s'agit », cette France blanche et chrétienne, menacée de « disparaître » face à « l'immigration massive ».
Dénonçant les « supermarchés hallal » et les mosquées « qui poussent comme des champignons », au point que « l'appel du muezzin ne tardera pas à se faire entendre dans nos rues », Le Pen fait son miel des débats de ces derniers mois (burqa, viande hallal).
Légèrement voûté, multipliant les habituels amalgames et exagérations, il développe un argumentaire ultra-violent contre les immigrés tout en assurant ne pas leur en vouloir: « Nous ne sommes pas racistes, nous sommes patriotes! Nous ne sommes pas xénophobes, nous sommes francophiles! »
L'obsession du FN sur ce sujet a pourtant été illustrée, au cours du même meeting, par la tête de liste dans les Bouches-du-Rhône, Stéphane Ravier, qui a affirmé: « Nous sommes déjà devenus des étrangers dans notre propre pays. »
Selon Ravier, « le peuple historique sera remplacé par une population plus exotique qui, sans déclaration de guerre, sans coup de fusil, aidée par les idiots utiles de l'UMPS, est en train de nous imposer ses moeurs, ses coutumes, ses traditions ».
Quant à Le Pen, il assure: « Si demain la burqa est autorisée, elle sera obligatoire dans certaines parties du territoire », celles tenues selon lui par des « islamistes ».
Outre l'immigration et l'insécurité, Le Pen exhibe d'autres marchandises en rayons, comme le pessimisme économique: « Ce qui va arriver, ce n'est pas la reprise, mais la re-crise. »
Il s'étonne aussi des inondations meurtrières en Vendée: il aimerait bien qu'on désigne les responsables, notamment parmi les autorités qui ont laissé construire en zone inondable ou n'ont pas procédé à des évacuations après l'annonce de la tempête: « Personne ne se sent coupable?! »
Le Pen assure aussi la défense des automobilistes, « seuls justiciables pour lesquels Sarkozy fait preuve de fermeté » et « contre lesquels on va multiplier surveillances et radars ».
Crédité de plus de 10% par les sondages en Paca, il se défend d'être là uniquement pour faire perdre la droite, comme elle le lui reproche: « L'UMP sait qu'elle a déjà perdu et cherche un bouc émissaire dans le FN. »
Mais à 81 ans, Le Pen avoue qu'il passera bientôt le flambeau. « Pour 2012, il sera raisonnable de penser à des gens plus jeunes », a-t-il dit dimanche devant la presse.
Sa fille Marine peut se préparer. « Mais ça ne veut pas dire que je vais arrêter de faire de la politique », ajoute-t-il.
Il va lui rester son mandat de député européen, plus un probable de conseiller régional en Paca.
M.H.
AFFICHE: LA LICRA DEBOUTEE
La Licra (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme), qui réclamait l'arrêt d'une campagne d'affichage "anti-musulmans" du Front national, a été déboutée lundi par le tribunal de grande instance de Marseille.
Le FN et son président Jean-Marie Le Pen "apparaissent bien fondés à faire valoir la nullité de l'assignation délivrée le 3 mars 2010, dans laquelle la demanderesse ne fait pas élection de domicile sur le ressort du tribunal" de Marseille, explique le tribunal. (AFP)





Comme d'habitude. Le FN récupère au 1er tour les voix des mécontents et des joués et se retrouvera hélas au 2e tour pris dans le même piège des coalitions et des mariages contre nature entre les autres partis. Le Pen d'autre part, comme par un atavisme maladif, au lieu d'encourager des accommodements avec les tenants de la droite à droite, refait l'erreur du coup de gueule, cette fois contre Bompard. Il est grand temps qu'il passe la main. C'est grand dommage car le FN se verra privé d'un homme intelligent, excellent débateur et dont on ferait bien de relire le programme de gouvernement.
Rédigé par : Sachatout | 15.03.2010 à 06h08