Le yin et le Niang de l’OM
PORTRAIT. Le capitaine olympien dispute samedi soir la finale de la Coupe de la Ligue face à Bordeaux. L’occasion pour Marseille de mettre fin à dix-sept années sans trophée [ACTUALISATION: L'OM BAT BORDEAUX 3-1, LIRE L'ARTICLE]. Lire la suite
La dernière fois que l’OM s’est présenté pour une finale au Stade de France, en 2007, les murs des vestiaires ont tremblé.
Robert Louis-Dreyfus (RLD) avait incendié ces «petits bourgeois de merde» de joueurs : ils avaient déjà perdu l’année précédente contre le PSG, ils remettaient ça contre Sochaux, toujours en finale de Coupe de France.
Trois ans ont passé.
L’actionnaire principal de l’OM est décédé en juillet 2009, sans avoir rien gagné. Sa veuve, Margarita, a repris les rênes du club, et elle change de style: elle a invité les «petits bourgeois de merde», lundi midi, au Petit Nice, trois étoiles marseillais.
Un déjeuner «très convivial», assure Niang. Suffisant pour remporter samedi soir la finale de la Coupe de la Ligue contre Bordeaux ? Nul ne sait. Mais on aimerait voir la facture. Car des gaillards comme Taiwo et Brandao, il faut les nourrir, et pas qu’avec des «lobes d’oursin en eau de tomate filtrée» (57 euros).
Au café, la question fut fatalement posée : Niang sera-t-il le premier capitaine de l’OM à soulever une coupe depuis 1993 ? A l’époque, c’était la Ligue des champions. Depuis, rien.
Alors, Marseille débarque, gonflé à bloc, pour cette finale contre Bordeaux, une affaire devenue capitale, même si ce n’est que la Coupe de la Ligue, dite «coupe de la lose».
Faute d’oursin, on se régale de kebab, et Niang, qui l’a
gagnée avec Strasbourg, réclame le supplément sauce blanche.
«C’est toujours facile de dire que la Coupe de la Ligue ne sert à rien, quand on perd au premier tour», explique-t-il. Arrivé en finale, on pense différemment. Niang en a même oublié la déferlante RLD de 2007 : «J’ai pas fait attention. Moi, j’étais rentré [au vestiaire, ndlr] après qu’il a gueulé.»
Râleur. Le Sénégalais pense que 2010 peut enfin rapporter. «On a un meilleur collectif, plus soudé que les années précédentes où on avait plus de qualité individuelle.» Et la sienne, de qualité ? Pas mal, merci. Niang est le meilleur buteur actuel de L1, meilleur râleur aussi.
L’attaquant est l’indispensable homme de l’OM : vif, technique, costaud, batailleur, il allie générosité, abnégation, modestie et esprit collectif. Ce type est aimé car il ne sait pas s’économiser. Qui dit mieux ?
Pourtant, il vient de loin. A 18 ans, tripatouillant la chique au
centre de formation du Havre, il a voulu tout arrêter, à cause d’un
cambriolage qu’il conteste, mais qui lui valut d’être viré.
«C’est comme ça : quand tu viens du quartier le plus chaud de la ville, quand t’es Black, t’es considéré comme de la racaille», nous expliquait-il, en 2008.
Sans le foot, Mamadou se met à traîner la
savate, en BEP comptabilité.
«Je ne faisais que sécher les cours. Je zonais. Mais je ne voulais pas finir dans le quartier, en train de dealer.» Le quartier, c’est Caucriauville (au Havre), où il a grandi, «24 000 habitants, beaucoup de tours». Il y a débarqué à 10 mois, avec sa mère, en direct de Matam (Sénégal), pour rejoindre son père, Hamidou, ouvrier en usine automobile, et une famille de huit enfants (trois garçons, cinq filles).
Ayant fini de bouder après l’éviction du centre de formation, il part vers l’Est pour rebondir à Saint-André-les-Vergers, près de Troyes, en division d’honneur régionale.
Echelon modeste. Il travaille chez Intermarché, le sponsor du club, où il n’a pas impressionné : «Il est meilleur footballeur que magasinier !» Niang passe ensuite quatre ans à Troyes. Dans l’équipe C, à 700 euros par mois. Puis en réserve, remplaçant, et enfin en D1, d’abord sur le banc.
La progression a été moins fulgurante que ses courses sur le terrain. «Mais jamais je ne me suis plaint. Sans le foot, je n’aurais pas mal tourné, mais j’aurais eu un peu de mal. Quand tu es en prison, t’imagines la tristesse que tu fais à ta mère ?»
En 2003, Jean Fernandez l’engage à Metz, en L2, où, avec Emmanuel Adebayor, Niang forme une paire d’enfer. «S’il n’était pas venu, on ne serait pas montés en L1», a affirmé Fernandez. Suivent deux ans à Strasbourg, puis Fernandez l’appelle à l’OM, où il est devenu entraîneur, à l’été 2005.
tête baissée. Première saison difficile : Niang est trop maladroit devant le but. A cette époque, Mamadou, c’est ça : il fonce tête baissée, dribble quatre adversaires, puis balance un tir dans les nuages. Le Vélodrome gronde, ce n’est jamais bon signe. Mais il s’entête.
Deuxième saison, il est accepté. Troisième, il explose. Cinquième saison, il est toujours là, à plus de 300 000 euros mensuels, sixième salaire de Ligue 1, selon France-Football, devancé par les 375 000 euros de Gaby Heinze, arrière de l’OM et joueur de L1 le mieux payé. A Dakar, on l’appelle le «B-52», car il bombarde sec.
A 30 ans, Niang, père de quatre enfants, est «toujours à fond» et s’agite : «J’aimerais beaucoup gagner quelque chose avec Marseille.» Samedi soir ? Obligé.
Car sinon, Margarita a déjà prévenu : plus de ces délicieuses «anémones de mer en onctueux iodé, lait mousseux au caviar, petit bouillon à la chlorophylle» (61 euros). Ou alors, les «petits bourgeois de merde» raquent. Non mais.
MICHEL HENRY
17 années de disette
Depuis la victoire en Ligue des champions en 1993, son dernier trophée, l’OM a disputé deux finales de Coupe de l’UEFA (1999, 2004), deux de Coupe de France (2006, 2007), et terminé quatre fois 2e de L1 (1994, 1999, 2007, 2009).





Commentaires