Régionales Paca: les enseignements du scrutin
REGIONALES. Futurs présidents de Paca: les abstentionnistes, en progression de vingt points par rapport aux régionales de 2004. A défaut, Michel Vauzelle (PS) paraît en situation très favorable. L'UMP fait la tronche, Le Pen retrouve le sourire. Revue des troupes. Lire la suite
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Les abstentionnistes. A 55,12%, ils sont majoritaires. C'était déjà le cas aux européennes de 2009, où l'abstention atteignait près de 61%. Guère de surprise, donc.
Même si l'abstention s'explique en partie par le fait que la Région est une institution aux compétences méconnues pour la majorité des gens, qui ne voient donc pas l'intérêt d'aller voter, elle représente une claque pour les partis et une interrogation sur la manière dont les médias parlent de politique: à l'évidence, les deux ne sont plus entendus par la majorité des citoyens. C'est grave.
A gauche. A 25,8%, Michel Vauzelle, rate de 12 000 voix la première place.
Mais cette déconvenue reste symbolique: avec les 10,92% d'Europe Ecologie, et les 6,11% du Front de gauche, le président sortant peut entrevoir tranquillement de rempiler pour un troisième mandat, s'il réussit à s'unir avec ces deux forces d'appoint.
Leur total (42,83%) montre d'ailleurs une gauche plutôt en forme: en 2004, Vauzelle avait réalisé 35% au premier tour avec une alliance PS-Verts-PC. Il y a donc de la progression.
En tout, avec le NPA et LO, la gauche est à 45,56%, un bon score dans une région qui vote à droite.
Enfin, le Front de Gauche a facilement gagné la bataille contre le NPA et LO.
A droite. A 26,6%, Thierry Mariani remporte la victoire...au premier tour. Et se retrouve tout déplumé pour le second. Il réalise le même score que Renaud Muselier, tête de liste de droite, en 2004 (26,09%).
Soit un résultat trop faible pour espérer quoi que ce soit.
Le député de Vaucluse prend en pleine face le vote-sanction contre Nicolas Sarkozy, et souffre de son manque de notoriété.
Même dans son département, il est dépassé par Vauzelle (24,17% contre 23,65%).
Pour la droite, qui détient toutes les grandes villes et 34 sièges de députés sur 40, le désaveu est majeur: en 2007, au second tour de la présidentielle, Sarkozy réunissait en Paca 61,8% des suffrages.
Aujourd'hui, l'UMP est à 26% dans une de ses places fortes: une misère.
Il est vrai qu'en 2007, près de 85% des électeurs avaient pris part au vote. Ils n'étaient que 45% dimanche. Mais l'abstention n'explique pas tout. Sarkozy était une locomotive, c'est devenu un boulet pour son camp.
Hubert Falco, maire de Toulon et secrétaire d'Etat aux Anciens combattants, tête de liste UMP dans le Var, a estimé dimanche soir que « le second tour sera difficile ».
L'UMP a réalisé près de 37% à Toulon et près de 34% dans le Var. Aurait-elle fait mieux en Paca avec Falco à sa tête? On ne le saura pas: il a décliné l'offre de mener la liste.
Ce qui ne l'empêche pas de critiquer: « Plus que jamais, la politique a besoin de vérité, de transparence et de résultats. Ce n'est pas l'image que donne aujourd'hui la majorité en Provence-Alpes-Côte d'Azur. »
A l'extrême droite. Quand la politique va mal, le FN va bien: fort de cet adage, le docteur Le Pen a infligé dimanche soir une piqûre de rappel douloureuse à cette région qui lui a toujours fait bon accueil, mais qui le boudait ces derniers temps.
Il avait recueilli 10,73% aux européennes de 2009 et double son score.
Avec les 2,69% du frère ennemi d'Orange Jacques Bompard, l'extrême droite atteint 22,98% et retrouve son niveau des régionales de 2004 (22,95%).
De quoi parfaire son pouvoir de nuisance, sans rien prétendre à d'autre. Mais c'est justement ce vote protestataire qui fait jubiler Le Pen, 81 ans, et lui offre plusieurs petits plaisirs.
Il talonne Mariani d'un point à Marseille (21,48% pour le FN, contre 22,37% à l'UMP, et 29,6% à Vauzelle!). Qu'en pense Jean-Claude Gaudin? Quel gadin!
De plus, Le Pen fait en Paca son meilleur score national, et dépasse sa fille Marine, qui réalise 18,31% dans le Nord-Pas-de-Calais.
Le FN, qui se maintient dans douze régions sur vingt-deux, peut dire merci en à l'UMP, qui a organisé le débat-boomerang sur l'identité nationale.
Et aux nombreux médias qui, avec leur battage incessant et insupportable sur la burqa et contre l'islam, ont ramené les thèmes porteurs du Front sur le devant de la scène, réussissant la prouesse de faire croire que le voile intégral constitue un problème de société important, alors qu'il ne concerne que quelques centaines de personnes.
Tout cela a nourri et conforté l'éternel discours anti-immigrés de Jean-Marie Le Pen, base de sa réussite. Le leader du FN surfe aussi sur la crise économique, et sur la déception de certains de ses électeurs un temps séduits par Sarkozy.
L'abstention explique aussi son renouveau: les électeurs du FN se sont peut-être mobilisés plus que les autres.
Chez les écologistes. Pour Laurence Vichnievsky, c'est la déception: avec 10,92%, elle est loin de son ambition (dépasser 14%) et des 16,29% des européennes de 2009. Elle va donc se retrouver avec moins de sièges qu'espérés dans la probable liste d'alliance de gauche.
Mais ce n'est finalement pas un mauvais résultat compte tenu de son triple handicap: la magistrate parisienne débarquait en politique, dans l'écologie, monde compliqué, et en région Paca.
Avec 2,33%, l'écologiste indépendant Patrice Miran peine à installer son option ni droite-ni gauche.
Ailleurs. Faut-il parler du Modem? A 2,51%, Catherine Levraud a fait un petit tour. Le parti de Bayrou sort lessivé de ce scrutin.
Normal: le Modem n'est qu'une écurie présidentielle, rien d'autre.
MICHEL HENRY





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