Var: «Toute une vie partie en une heure»
REPORTAGE INONDATIONS. Que fait-on après le déluge ? On cherche des croquettes pour le chat qui miaule et on pleure, comme Christine Franceschi. Cette secrétaire a tout perdu. Enfin, pas tout : elle a sauvé ses 9 chihuahuas et 5 shih tzu en les mettant au grenier, mardi, avant de s’enfuir à la nage chez la voisine. Maintenant, elle n’a plus rien. Lire la suite
Les trois voitures de la famille ? Fichues.
Sa fille ? «Elle doit passer le bac, elle n’a même pas une petite culotte à se mettre sur les fesses !»
La maison ? Un tas de boue. «L’eau a soulevé la véranda, c’est comme un aquarium. J’ai des affaires de cuisine dans la piscine, alors que la cuisine est fermée.»
Le niveau est monté à plus de 2 m 50, et seul le jacuzzi a résisté : il a flotté.
Christine a retrouvé des poissons dans la cour, venus d’ailleurs. Vivants.
«On les a récupérés. Je suis Brigitte Bardot.»
Elle rigole. Puis pleure à nouveau, car le désastre est là pour durer, et elle a envie de «partir, ne pas revenir, oublier».
Mais quand un ami propose de l’emmener, elle refuse : «Ah non ! Loin d’ici, je vais ruminer, c’est pire.»
Des copains sont venus aider. Ils
raclent. Partout, dans ce quartier de Saint-Hermentaire, l’un des
plus touchés de Draguignan (Var), on racle. Christine lève la tête,
interpelle un pompier : «C’est nettoyable ?»
Il
est gentil : «Tout est nettoyable. Mais il y en a pour des
mois.»
Sous l’eau qui stagne, la boue s’installe et Paul, le mari de Christine, craque : depuis six ans, il refait sa maison, et tout est foutu.
«On est vivants, OK, dit-il. Mais pour vivre comment ?» [Lire également: la catastrophe était déjà décrite]
Dans la maison voisine, l’eau est montée à 3 m 50 chez Rémy, 27 ans, fonctionnaire. Sa Porsche Boxster git derrière la maison.
«C’est un sous-marin. Un mois que je l’avais.»
Rémy montre l’appartement dévasté de sa mère : «Toute une vie partie en une heure.»
Et cette eau marron partout. Rémy a acheté une pompe, mais ça ne fonctionne pas : trop de boue. «Il faut tout faire à la main.» Sa mère grimace : «Garder le moral, il n’y a plus que ça.»
Parce qu’être vivant, c’est une chance.
Mardi, certains sont sortis, pensant mettre leur voiture à l’abri, et ne sont pas revenus.
D’autres ont été pris au piège de l’eau à leur domicile.
Selon un bilan encore provisoire, on compte 25 décès, dont 12 à Draguignan, où un jeune de 19 ans est mort coincé sous une voiture : «Il était pris, la tête sous l’eau. On a essayé de le sortir, mais il y avait trop de courant», se désole un témoin.
Mais beaucoup ont été sauvés. De Draguignan à Saint-Aygulf, 1 400 personnes ont été hélitreuillées, 200 récupérées par des embarcations, une sorte de record.
Un jeune homme philosophe sur la solidarité générale : «Dans ces cas-là, on est des fourmis. Et les fourmis, si elles ne s’aident pas, elles meurent.»
Faut-il, dès lors, lancer la polémique sur un défaut d’alerte météo (elle n’était qu’orange) ou sur les constructions autorisées en zone à risque ?
«De faute, il n’y a pas eu. Ou alors, elle vient du ciel !» rétorque Max Piselli.
Le maire (UMP) de Draguignan préfère louer «ces héros qui ont plongé dans des appartements inondés, ont sauvé trois personnes, mais ont laissé la quatrième au fond».
Le préfet du Var, Hugues Parant, refuse toute polémique : «Il y a un moment pour tout. On est dans la gestion de la catastrophe. La semaine prochaine, s’il le faut, on se penchera sur les fondamentaux du problème.»
Pour l’heure, il faut identifier les victimes et chercher s’il y en a d’autres, que la baisse des eaux, notamment, risque de révéler. Résoudre la défaillance des réseaux d’eau, d’électricité, de téléphone et réparer les routes endommagées.
Il faut gérer nombre d’animaux morts, «dont certains véhiculés à 30 ou 40 km de leur lieu de pâturage, on en retrouve sur les arbres et dans les vignes» (lire ci-dessous).
Surveiller les commerces et entrepôts éventrés, sources de pillages éventuels.
Et il y a ceux «qui ont perdu leur carte bancaire et ne peuvent pas acheter un lit» : une aide d’urgence en cash est possible, si le maire valide leur demande.
Ensuite, après la «phase de désarroi absolu, se poseront les vraies questions», dit le préfet.
Dans certaines communes, des bâtiments sont détruits, et parfois, comme au Muy, toute l’économie (entreprises, commerces…) est à terre.
Le préfet envisage une «assistance à la renaissance économique». François Fillon préside, vendredi, une réunion ministérielle, et Nicolas Sarkozy se rendra sur place lundi.
MICHEL
HENRY
Envoyé spécial à Draguignan
Lire aussi: "On était coupés de tout, comme sur une île"
3 000 MOUTONS MORTS
Trois jours après les pluies torrentielles, les autorités s'emploient à ramasser les milliers de cadavres de moutons charriés par les flots, pour éviter une pollution des nappes phréatiques et des cours d'eau.
Plus de 3 000 moutons et 100 chevaux ont été emportés par les torrents d'eau qui se sont déversés en quelques heures mardi sur le département, a indiqué le directeur de cabinet du préfet, Simon Babre, citant Vidauban et Roquebrune comme des zones particulièrement touchées.
« A Roquebrune, les animaux sont en train d'être rassemblés pour être emmenés chez les équarrisseurs », a expliqué M. Babre, avant de souligner que l'opération était plus difficile à Vidauban où les carcasses, entraînées jusqu'à la forêt, sont restées coincées dans les arbres ou enchevêtrées dans des amas de branchages et autres déchets.
« Il y a une intense mobilisation sur ces opérations, on traite en priorité les carcasses dans les cours d'eau », a-t-il ajouté.
A Vidauban, sur le domaine viticole de Saint-Julien d'Aille, où un cheptel de 1 200 ovins a disparu, emporté par la rivière Aille qui a débordé de son lit, quelques 80 sapeurs forestiers, militaires, agents de la sécurité civile et bénévoles s'activaient vendredi après-midi pour dégager les cadavres.
Equipés de combinaisons spéciales et de masques protecteurs, ils empilaient les cadavres qui, après leur séjour de plusieurs jours dans l'eau, commençaient à avoir très mauvais aspect, le temps que les équarrisseurs viennent les récupérer pour les incinérer.
L'opération pourrait prendre plusieurs jours.
En milieu d'après-midi, une centaine de carcasses avaient été récupérées, a indiqué Bernard Robion, responsable du détachement des sapeurs forestiers du Conseil général des Alpes-Maritimes, qui a estimé que « la moitié du cheptel a dû partir à la mer, emporté par la rivière ». (AFP)





xynthia sur l'atlantique, les inondations dans le var, je suis plus que touchée puisque ma famille habite la zone xynthia et ma belle famille la région dracénoise...
Je crains que la aussi on parle aussi de zones noires ou solidarité dans peu de temps et la grogne va repartir. je souhaite un grand courage aux habitants sinistrés, ayant moi même nettoyé la maison de mon enfance après xynthia (qui je le précise va être détruite alors qu'elle a plus de 200 ans), je sais qu'il vous en faut du courage. Le mot d'ordre est solidarité, entraide et il faut repousser les voyeurs et les pilleurs. ils n'ont aucune valeur morale, aucun civisme, ils manquent d'éducation et au lieu de regarder ou piller ils feraient mieux d'aider les gens dans la peine. Je suis de tout coeur avec vous. En esperant qu'il n'y aura pas d'autre catastrophe prochainement. amitiés
Rédigé par : sylvie | 21.06.2010 à 15h57
Je suis sensible aux pertes de Christine et de son voisin qui a perdu sa boxter porsche, mais je pense que ces personnes vu la piscine, le jacuzzi, même fabriqués maisons ont quelques liquidités devant eux qui leur permettront d'attendre l'assurance, je pense surtout à ceux qui ont perdu la vie, à leur famille et proches, aux sinistrés dans leur petite maison de village en location où le peu de mobilier et appareils est à remplacer et , c'est vraiment eux les plus à plaindre, pour conclure, que libé cite ces deux exemples me sidère, voilà c'est dit!!!
Rédigé par : 1tania | 20.06.2010 à 16h02
Je suis inquiète j'ai vécue de 87 à 92 à Draguignan et de 92 à 2007 à Frejus et St Raphael je n'arrive pas à joindre mes amis et il n'y a nul part une liste des disparus SVp quelqu'un peut il me renseigner ? Merci
Rédigé par : ROTIER | 19.06.2010 à 21h09
En Provence, pays d'excès climatique, contrairement à sa légende d'azur, il faut se méfier de la gentille rivière au fond du jardin, si agréable l'été, mais qui se transforme en torrent furieux et dévastateur quand craquent des orages capables de déverser en une heure un ou deux mois de moyenne annuelle,ce qui n'est pas si rare.
Idem pour la Méditerranée, souvent aussi calme qu'un petit lac, mais capable de colères terribles et imprévisibles, redoutées des marins.
Toute ma sympathie aux victimes.
Rédigé par : Ficanas | 19.06.2010 à 08h54
Je ne comprends pas qu'on ose encore parler de ce foot miné par le fric quand tant de personnes ont pris tant sur la tête sans le mériter.
Rédigé par : prestant | 18.06.2010 à 23h12
On espère vraiment que les assurances soient au rendez vous rapides et généreuses pour ne pas laisser ses familles dans un tel désespoir. Juste un point, ne nous trompons pas de responsable. La météo a fait son travail. Depuis la veille elle avait bien prévenu, et maintenu ses alertes. Maintenant, quant à dire si elle aurait dû prévoir des risques aussi importants (+orange) ... Je ne crois pas. Les avertissements étaient très clairs. Je compatis sincèrement avec tous ces gens dans le désarroi. Ainsi Est-il vraiment possible de mesurer à l'avance la grandeur de futures catastrophes? ici ce n'est même pas la grandeur qui pourrait être en cause, mais la rapidité avec laquelles ces régions se sont retrouvées en plein cauchemar. Quoique nous fassions, il faut que nous nous rappelons que nous ne sommes que des humains, et que Notre Mère Nature avec sa puissance aura malgré toutes nos merveilleuses technologies toujours le dessus sur nous.
Rédigé par : Joe | 18.06.2010 à 21h31
oui l'heure n'est pas la polémique mais au moins Monsieur Piselli, ayez alors la décence, de vraiment respecter les morts, c'est à dire de ne pas conclure d'avance, avant toute enquête approfondie que "faute il n'y en a pas eue", vous sentez-vous visé à ce point vous et vos prédécesseurs de gauche comme de droite, de toutes les magouilles foncières de déclassement des zones agricoles et du clientélisme local qui vantaient à chaque campagne élèctorale le miracle économique de Draguignan ? vous êtes vous déjà demandé pourquoi la ville fut-elle developpée lors de l'établissement des casernes militaires pendant l'expansion sous la 3° République, uniquement vers l'ouest et en se tenant toujours à 1,5 km de la rivière Nartuby et non au sud de la ville, exactement là ou la rivière à causé tant de dégâts ?
si liberation me censure ce n'est pas un problème, dans notre état de droit, ce sera de toute façon dit avec la rigueur journalistique dans un futur reportage, s'il sera digne de ce nom
Rédigé par : Uscidda | 18.06.2010 à 21h05
C'est un traumatisme qui marque à vie.
J'espère que les assurances fonctionneront comme il se doit en pareil cas.
Plus vite les gens pourront retrouver un logis, plus vite ils pourront rebondir et aller de l'avant en oubliant le cauchemar.
Rédigé par : Turtle | 18.06.2010 à 19h00