JUSTICE - Aux audiences du tribunal de grande instance de Marseille, les magistrats du siège n’ont jamais les mêmes codes pénaux, ni les mêmes codes de procédure, que leurs collègues du parquet. Parce que cela coûterait trop cher. L’inflation judiciaire aidant, il faut les renouveler tous les ans, mais à 51 euros l’exemplaire, la justice française n’a plus les moyens. Alors, elle alterne. En ce moment, le siège a les codes 2011, le parquet les codes 2010. L’année prochaine, ce sera l’inverse, c’est le siège qui sera en retard. C’est assez symbolique, sans grande conséquence, car les magistrats se débrouillent pour se mettre à jour eux-mêmes, vont sur Internet avant les audiences, font pour certains des collages afin d’actualiser leurs livres. Symbole d’une justice qui bricole derrière la façade. Qui peine à boucler ses fins de mois. Et dont les magistrats, expliquait hier à Aix-en-Provence Benoît Delaunay, de l’USM (Union syndicale des magistrats), «sont excédés d’avoir à rendre une justice au rabais». Devant des parlementaires, le syndicaliste participait à un état des lieux de sa juridiction et de celle de Marseille, deux mois après l’affaire de Pornic, dans laquelle Nicolas Sarkozy avait mis en cause la justice. Une manifestation préparant la journée de mobilisation nationale qui a lieu aujourd’hui. A cette occasion, plongée dans une juridiction moyenne, celle de Marseille, pas plus mal lotie qu’une autre. Pour observer huit conséquences, certaines très symboliques, d’autres très inquiétantes, des manques humains et matériels...