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11.03.2011

SNCM : Marseille toujours privé de dessertes

ECONOMIE-SOCIAL (papier publié vendredi avec un ensemble consacré au conflit) - A l’entrée du port de Marseille, les CRS ont dispersé hier les chaloupes qui empêcgaient depuis deux jours toute entrée et sortie. Le port est débloqué, pour la deuxième fois en un mois. Pas la situation à la SNCM. Ses marins sont en grève depuis près de six semaines pour protester contre la suppression d’un des dix bateaux de leur société desservant la Corse. Le mouvement atteint ce matin son quarantième jour, et semble dans l’impasse. Cadres et officiers non grévistes réclament désormais une médiation de l’Etat. La situation pourrit doucement. Et l’enkystement traduit les inquiétudes d’une entreprise soumise à une concurrence folle dans la desserte avec la Corse, et en pleine mutation culturelle depuis sa privatisation en 2006...

Croupières. Le mouvement est parti d’une décision du conseil général des Alpes-Maritimes de limiter en juillet et août les dessertes depuis Nice. La direction aurait sauté sur l’occasion pour abandonner l’un des dix bateaux qu’elle affrêtait en haute saison, selon la CGT, à l’origine de la grève avec le Syndicat autonome des marins de la marine marchande (SAMMM). Le directeur général, Marc Dufour, ex-patron d’Air Littoral nommé cet été à la tête de la SNCM, se défend mollement d’avoir profité du prétexte. Il veut réorganiser l’entreprise rachetée par Veolia en 2006 (1). La SNCM a perdu 3 millions d’euros l’an dernier (sur un chiffre d’affaires de 290 millions d’euros), et les avances de trésorerie faites par le groupe Veolia environnement atteignaient 65 millions avant même le conflit, qui aurait déjà coûté en plus 7 millions, selon Dufour. La CGT le soupçonne de vouloir dégraisser, mais le directeur répond qu’il redressera les comptes sans toucher à l’emploi (1 795 CDI et 800 CDD en équivalent temps plein). «Ce n’est pas le périmètre de la flotte qui définit les effectifs, ajoute-t-il. Nous pouvons faire mieux avec neuf navires plus gros et mieux positionnés dans l’année.» La CGT n’y croit pas. «On réduit l’activité et dans quelques mois, ils nous présenteront un plan social», prédit Frédéric Alpozzo, délégué CGT.

La SNCM avait été créée en 1976 pour exploiter entre Marseille et la Corse une délégation de service public. Mais, depuis l’ouverture des dessertes à la concurrence, en 2001, elle souffre de la comparaison avec Corsica Ferries. La concurrence fait rage, les entreprises proposent beaucoup trop de places, la plupart de leurs navires voyagent aux deux tiers vides, avec des prix cassés et des pertes d’exploitation qui pour la SNCM s’élevaient à 15 millions d’euros en 2010. L’entreprise se fait tailler d'amples croupières par Corsica Ferries, société de droit français mais dont les bâtiments naviguent sous pavillon italien, ce qui lui permet de faire du cabotage entre deux ports français sans s’ennuyer avec le droit du travail hexagonal. Ainsi les charges sont moins élevées, et les emplois assez précaires pour que ses salariés ne fassent jamais grève. Cela paie : Corsica assure désormais plus de 65% des dessertes.

«à genou». De son côté, la SNCM souffre, selon sa direction, de l’histoire et des grèves à répétition. «Avant, raconte le DRH, Thierry Le Carpentier, il suffisait d’un coup de pression. En quelques jours de grève, la Corse était bloquée et l’Etat appelait pour donner l’ordre de céder. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés avec un mille-feuille d’accords, d’avantages sociaux, d’emplois garantis dans chaque bâtiment.» La direction ne veut plus céder aux pressions, mais cela la conduit, selon la CGT, à des attitudes rigides. «Quand vous demandez une explication sur l’activité, explique ainsi Frédéric Alpozzo, on vous répond que cela ne regarde pas le syndicat, que c’est pas lui qui dirige.» Les autres syndicats s’inquiètent du bras de fer. «Ils sentent que la CGT s’est mise dans une impasse, alors ils laissent pourrir la situation, soupire Laurent (CFTC). Ils veulent la mettre à genou pour lui porter l’estocade.» Une attitude irresponsable, dénonce la CGT, qui reproche aussi à l’Etat de se tenir à l’écart, en actionnaire hibernant. De nombreux autres salariés veulent que l'Etat interviennent, mais certains, comme le résume un cadre, reprochent à la CGT d'avoir "offert sur un plateau à la direction cette situation".

Le conflit s’éternise aussi parce que ses conséquences sont moins lourdes qu’avant. Les passagers bloqués n’ont qu’à se déplacer à Toulon, à 60 km, pour prendre un bateau de Corsica Ferries. Et la Corse n’est plus bloquée - l’assemblée territoriale de l’île a d’ailleurs participé au développement de la concurrence en subventionnant une partie des dessertes de Corsica Ferries. Désormais, la SNCM doit se dépêcher de sortir de la crise, car un enjeu important approche pour elle. La délégation de service public avec la Corse s’achève en 2013. Un nouvel appel d’offres sera lancé. L’île a toujours soutenu l’entreprise, qui salarie de nombreux marins corses. Mais il faudra quand même remplir quelques critères. Qualité, fréquence, prix… et aussi fiabilité. Que chaque jour de grève entame davantage.

OlB

(1) Veolia a acquis 28 % de la SNCM en 2006 avant de racheter en 2008 les 38 % de Butler Capital Partners. L’Etat possède toujours 25 % du capital, les salariés 9 %.

Commentaires

Oui ! Surtout avoir en tête que la Corsica ferry travaille sous droit du travail italien, comme vous le precisez,ce qui lui permet de s'asseoir tranquilou sur les salaires de ses employés, ne pas oubliez non plus que l'assemblée de Corse donne comme à la SNCM des subventions, et puis si il faut comparer, le confort des bateaux , le service à bord, et la gentillesse des personnels... la SNCM vole 10 00 métres au dessus de Corsica ferry qui est la EASY jet sur l'eau(tient encore un société qui dezingue le droit français). En plus la SNCM a fait de gros efforts sur les prix.

A force de tirer sur l'écoute,elle pète!

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