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20.10.2011

Nouvelle purge et défaite de l'OM contre Arsenal (0-1)

RTR2SSVB_CompJeudi 19 octobre - Un vent frais s'était levé sur la ville. Je remontais à moto la longue avenue du Prado pour rejoindre le Stade vélodrome, qui brillait là-bas dans la nuit. Il n'y avait guère que lui qui brillerait ce soir, mais je ne savais pas encore. Encore quelques mètres, le rond point, l'habituel embouteillage, les grues entourant l'enceinte, éclairées de petites lampes. Le stade se refait une beauté, ainsi que quelques loges et commerces pour rendre le spectacle un peu plus rentable. A condition qu'il s'améliore...

Photo : Reuters

Même amputé d'une partie de sa capacité pour cause de travaux, le Vélodrome n'avait pas fait le plein. L'équipe joue si mal, gagne si peu, que les supporters les moins passionnés se détournent. Mais restent tout de même dans cette fichue ville un beau vivier d'inconditionnels qui allaient chanter tout le match. A gorges perdues. Il y a cette braise permanente, entretenue, brillant doucement dans les ténèbres, prête à s'enflammer si l'on souffle dessus. Mais ce soir, seul le vent soufflait sur nos os.

Les deux équipes aux prises, l'OM et Arsenal, n'étaient pas en forme avant le match, et pas plus pendant. Pourtant la soirée faillit commencer sur une belle émotion lorsque Rémy chipa un ballon dans les pieds d'Alex Song à vingt-cinq mètres du but anglais. Mais le sad Song commit une faute, et le coup-franc ne donna rien. La suite fut indigeste. On pourrait presque s'arrêter là. Mais bon, restez un peu, la fin s'animera.

Pendant la première mi-temps, l'impression d'être venu assister au festival (international) de la passe dans le vent. Un vrai concert dans lequel approximations, précipitations et dévissages de frappe commencèrent mezza forte, pour forcir allègrement. Comme disait un spectateur dépité en repartant, ce fut "une vraie boucherie". Au jeu de la médiocrité, Arsenal ne laissait pas sa part au dog en ce début de match, mais la première étincelle dans la nuit fut pour les Londoniens. A la 10e, Theo Walcott déboula côté gauche pour centrer au cordeau. Un beau centre, tendu comme le virage d'un camion poubelle à Marseille. Van Persie, sans doute le plus séduisant des acteurs de ce théâtre ombrageux, plaça une fine tête décroisée, qui fila au ras du poteau. Côté marseillais, Rémy donna la réplique à la 31e en se jouant de deux Anglais dans leur surface de réparation. Un petit bridge sur Mertesacker, une feinte de corps sur Jenkinson, et un petit ballon piqué qui fila devant la ligne. Lucho n'avait pas eu le réflexe de reculer vers le poteau opposé. Il n'aurait eu qu'un plat du pied à assurer. L'Argentin pouvait ensuite se refaire quelques minutes plus tard, mais ce n'était (toujours) pas sa soirée. Sur un centre venu de la droite, il loupa de quelques orteils le pointu qui aurait fait but. Il ne lui resterait qu'à  sortir en seconde mi-temps sous de copieux sifflets.

Que dire de plus de la première période ? Que les Anglais déboulaient le plus souvent sur le côté gauche avant de centrer. Que le jeu était par moments haché, heurté de nombreuses fautes, et presque autant d'insupportables simulations. Que le récital de passes ratées allait crescendo. Que l'OM aurait sans doute du bénéficier d'un pénalty pour un bras volontaire dans la surface. Qu'il n'y eut guère que la petite tartelette au citron de la mi-temps qui était vraiment réussie.

Mais il fallait y retourner. Qu'est-ce qu'on était venus foutre à 33.000 dont 1.500 Anglais dans cette galère ? Ha oui. Attendre que surgisse de la purge l'épice qui sauverait la soirée. Le beau geste, le but inattendu. Parmi les confrères assis en tribune de presse autour de moi, beaucoup soupiraient, découragés devant le spectacle. L'un d'eux, optimiste, trouvait cela pas si mal. Mais il ajoutait aussitôt: on s'habitue à tout. Pourtant il ne faut pas.

La seconde mi-temps avait repris sans que l'ennuie se lasse. Le vent avait encore fraichi mais je décidai de l'ignorer. On ne peut pas bailler et grelotter en même temps. Peut-être, en cherchant bien, l'OM était-il revenu du vestiaire avec quelques intentions de mieux poser le jeu. De s'efforcer tout simplement de faire en sorte que les passes arrivent dans les pieds de leurs destinataires ? Mais à la 54e, un long frisson fétide parcourut le Vélodrome de son souffle écœurant. N'Koulou, plutôt bon jusque-là, venait de se trouer dans la surface et Walcott se retrouvait en tête-à-tête inattendu avec le gardien Mandanda. Celui-ci heureusement éconduit l'outrecuidant du bout du pied. C'était moins une. Le but cuisait.

Le match filait droit dans la nuit vers le nul affligeant lorsque les entraîneurs secouèrent leurs équipes, incorporèrent un peu de sang frais, rhésus positif pour l'animation du jeu. Gervinho à la place de Walcott côté anglais, Gignac pour Rémy chez les Marseillais. Dédé l'ex-Toulousain avait visiblement retrouvé la forme. Il se mit à peser de tout son poids, expression qui aurait encore fait ricaner à Marseille quelques semaines plus tôt. Cette fois, nulle malice. Il appelait les ballons, les protégeait, remisait, percutait. En face, Gervinho pouvait comme il le faisait dans le temps à Lille passer toute la défense en revue aux 25 mètres avant de délivrer une merveille de passe millimétrée. Comme à la 90e, pour Van Persie. Mandanda dut encore détourner du pied. Mais deux minutes plus tard, fatal moment, sur un long centre venu de la droite, l'Ivoirien inspiré remisait sur la gauche de la surface pour le jeune Aaron Ramsey, entré un quart d'heure plus tôt et qui allait fusiller cette fois le gardien. Les Marseillais se couvrirent le visage. Du maillot, des mains, de honte. Didier Deschamps se cacha dans ses bras, dos au spectacle de la pelouse. "Il faut jouer les coups à fond mais en fin de match ne pas aller à l'abordage, là Ramsey se retrouve carrément seul, il a tout le temps de contrôler et tirer. A ce moment là, prendre un point c'était un bon résultat, évidemment c'est quelque chose qui me met en colère", dirait-il en fin de match.

Le speaker du stade annonçait le score d'une voix lugubre. Encore une poignée de secondes à subir, puis Deschamps fila au vestiaire sans même saluer Arsène Wenger. Les clubs français venaient de perdre leurs trois matchs en deux jours. Dans le stade, seuls les Anglais chantaient encore. Dehors, il pleuvait. Même les grues s'étaient éteintes.

Olivier.

Commentaires

@fredo

je recommande chaudement le blog durban legends (a.k.a. Olivier en Afrique du Sud durant la coupe du Monde)et les commentaires de matches de l'OL sur Libelyon restent pour moi de grands moments de bonheur en tant que lecteur.

Oui, cela change des classiques formatés, cela pose les questions qui fâchent et avec une légéreté qui nous rappelle, que malgré toute la passion qui nous habite, le football reste avant tout un sport.

@ petit comique : je ne crois pas. Sauf si j'ai classé trop vite. bertrand@liberation.fr

@ Fredo : Merci ! En temps que lecteur je partage...

...je ne parlerai pas ici de l'OM qui de jours en jours pratique un football que meme une equipe poussin n'oserait jouer(j'exagére à peine!), mais pour completer la reponse d'Olivier, concernant le traitement du foot par Liberation :
Les seuls articles que je lis depuis trois ans concernant le foot sont ceux de Liberation. fini, la lecture de l'Equipe ou autre presse qui donnent l'impression de'imprimer des depeches d'agence. Quel plaisir en 2010 lors de la coupe du monde, de devorer avec delectation, les resumés de matchs que nous offraient les journalistes de Libé. beaucoup d'humour, de liberté, et de connaissance du foot dans ces contenus. Surement une des raison etait la colaboration avec "So-Foot". Mais je me regale tout autant depuis quelques annés en lisant les articles de libé sur l'OM. Toujours un petit rire en parcourant l'article...toujours bien ecrit et toujours en decalage avec les autres journaux.
Au moins'(c'est un avis tres perso) les journalistes foot de Libé, ecrivent sur ceux qu'ils connaissent.

@ Kenji : vos derniers commentaires n'ont pas été validés car ils sont nommément diffamatoires et non parce qu'ils feraient l'objet d'une prétendue censure qui ne s'est jamais exercée ici. Depuis plus de six mois, la plupart de vos commentaires été validés, même lorsqu'ils sont parfois mal informés, et ne concernent souvent pas l'actualité marseillaise.
Bien à vous,
Ol.B.

@ Math : pas de mal. Tant qu'elle ne sert pas d'hébergement (d'urgence), la morgue n'est pas mortelle...
Olivier.

@Olivier... Que Libé écrive sur le foot, phénomène populaire en France et sur Mars, ce n'est évidemment pas un problème... Veuillez excuser ma méfiance et mon manque de clairvoyance: avant de gueuler, on prend le soin de vérifier! Je suis tout simplement écœuré par cet arrêté municipal stigmatisant, démagogue et inutile et c'est vous qui avez subi ma morgue matinale, en dépit du bon sens! Donc excusez moi et tenez nous donc au courant de la manif du 20/10 et de la réaction du sieur Gaudin... sans vous donner de directives éditoriales, bien sur! ;-)

On rénove un stade pour des footeux avec de l'argent public alors que cet argent aurait pu être employé par exemple pour abriter les clochards de Marseille qui paraît-il n'ont plus le droit de mendier. Rien que pour ça, j'espère voir couler cette équipe de l'OM. J'en espère autant de l'Olympique Lyonnais

@ Math : en achetant Libération ce matin, vous lirez aussi un papier sur le sujet de l'arrêté et de la situation de la porte d'Aix. Vos "vieux" vous l'auront peut-être caché mais Libé écrit sur le football depuis très longtemps. J'ai le souvenir d'une couverture passionnante de la coupe du Monde 86... Si l'on veut bien ne pas s'enfermer dans une posture ou un statut de donneur de leçons, on comprend que l'important n'est pas seulement le sujet, mais aussi le point de vue. Bonne journée.
Olivier.

Oups, pas vu le mardi... Mission accomplie!

Euh, Libération.fr ou l'Equipe? On s'en fout de l'OM... Un arrêté anti-mendicité, ça vous dit quelque chose? Mes vieux me parlaient d'un journal militant, dont les titres secouaient le lectorat, dont les thèmes défrisaient les censeurs... Pour les caniveaux, on a La Provence, le Figaro et tout un tas de gratuits qui ont au moins l'excuse de ne pas être de la presse! Debout la dedans!

@ petit comique : j'avais dû m'endormir au moment du péno oublié... Promis je reteste le kebab.
@ A Papayo : grand merci pour cette relecture matinale !

Comment transformer un pitoyable match en un article succulent, merci.
Une question maintenant me vient à l'esprit le chef d'orchestre de l'avenue Michelet va t-il passer l'hiver ?
On avait tant aimé le précédent, celui qui nous séduisait et rappelait avec son accent belge les grandes heures de l'OM.

Avec les travaux, le Vélodrome c'est vraiment une lonely place.

De mémoire, il y eut aussi un penalty oublié pour Arsenal sur une main flagrante de Diawara dans la surface sur un corner.

Donc sur ce coup... balle au centre. :-)

Match soporifique... Arsenal est en pleine reconstruction, l'OM aussi...
Loic Remy a besoin de souffler, il lui manque de l'explosivité.

Evidemment, quand le journaliste de Libémarseille ne déguste pas le kebab porte-bonheur avant le match...cela n'aide pas! :-)

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