Jean-Noël Guérini sort la sulfateuse et le baiser qui tue
Vendredi 4 novembre - Le coup de téléphone est arrivé en fin de matinée. Pour la première journée de reprise aux usines LibéMarseille, il y avait un peu de ménage à faire, des journaux en retard à lire, des rendez-vous à prendre, puis le téléphone a sonné. "Bonjour, c'est le service de presse du conseil général. Monsieur Guérini fait un petit point presse dans son bureau tout à l'heure, si vous voulez venir ?" Bien-sûr qu'on veut venir. Une chronique sur le vin à finir, encore des petits coups de fil à passer, et hop, direction le CG...
Il ne fait pas traîner le suspense. "Je ne démissionnerai pas", rappelle pour commencer le président du conseil général, à qui le PS a demandé la veille de laisser son fauteuil de président. "Ce n'est pas le Parti socialiste qui m'a élu. Ce sont les conseillers généraux. Le 31 mars, 40 d'entre eux ont voté pour moi". Là, ils sont douze autour de lui (certains sont retenus, excusés ou hospitalisés). Sauf erreur, sept regardent la pointe de leurs souliers.
Sur la table,un buste de Jean Jaurès, une collection de chapelets, une médaille de Lourdes, une photo de Jean-Noël, un petit bouddha,cinq stylos fluorescents de couleurs différentes, et l'article 9-1 du code civil (qui rappelle que chacun a droit au respect de la présomption d'innocence). Jean-Noël Guérini lit une déclaration. Il semble par moments un peu nerveux, mais rit aussi parfois. La voix reste forte. "Je ne pourrai envisager de démissionner que quand tous les élus socialistes condamnés définitivement ou mis en examen auront démissionné de tous leurs mandats électifs", prévient-il. Avant d'ajouter sur le sujet, un peu plus tard: "Si je démissionne, c'est que je suis coupable et que j'ai beaucoup de choses à me reprocher. Mais je suis innocent".
Depuis l'été, il n'a pas revu son frère, mis en examen avec lui pour association de malfaiteur. "Je suis mis en examen parce que j'ai un frère", résume-t-il un peu vite. Il est plutôt mis en examen pour association de malfaiteurs (entre autres) parce qu'il est soupçonné d'avoir facilité les affaires de son frère, en usant de son influence et de son mandat de président. "Il est possible que mon frère ait abusé de mon indulgence", ajoute-t-il. C'est son frère, il le revendique, ils ont reçu la même éducation, "très sévère". Parfois en lisière de sanglots, Jean-Noël Guérini ajoute, le buste droit : "Mes parents sont au ciel aujourd'hui et je préfère qu'ils soient en paix. Car si mon père et ma mère avaient vu cela, ils seraient morts de peine."
Fin de la séquence émotion, passage à la défourailleuse. Et là, tout le monde en prend pour son grade. Les journalistes et les "quelques socialistes locaux" qui l'ont "trahi - "et qui se comptent sur les doigts d'une main". Il promet contre ceux-là d'ester désormais en Justice. Et ajoute: "Je laisse les apprentis bourreaux s'agiter autour de la guillotine. Elle n'est qu'en papier heureusement, même si certains mots peuvent tuer". Il passe ensuite à la droite, accusée de faire diversion pour masquer "Karachi" et "Bettencourt". Pour Renaud Muselier, qui vient de sortir un livre consacré au "système Guérini", le président sort une série d'accusations précises - sur lesquelles on reviendra tout à l'heure sur LibéMarseille, après un rendez-vous prévu avec Renaud Muselier, afin qu'il livre sa version face aux faits avancés par son adversaire.
Dehors, par delà les arbres en pots de la terrasse du bureau présidentiel, le ciel est gris sur une mer grise. L'automne arrive. Le vent s'agite. Jean-Noël Guérini aussi. Il parle à présent du PS. Dit qu'il a 60 ans, qu'il est militant depuis ses 16 ans, qu'il mourra socialiste. En veut-il aux dirigeants de son parti d'avoir appelé à sa démission mercredi ? Pour commencer, il signale qu'il n'y a pas eu de vote. Et que François Hollande "n'était pas là" lorsque le conseil national a évoqué son cas. Et Martine Aubry ? Il dit qu'elle est une "grande première secrétaire", qu'il lui garde sa "pleine confiance", qu'elle a cédé devant la pression médiatique.
De son côté, le PS national considère qu'il est allé aussi loin qu'il le pouvait dans le cadre du respect de la présomption d'innocence. Il a demandé à Guérini de ne pas nuire aux siens, il ne peut le démissionner de force. "Il refuse de le faire, dont acte, déclarait jeudi matin Benoit Hamon lors du point de presse hebdomadaire du PS. Mais c'est pour nous une situation que nous regrettons parce qu'on voit bien aujourd'hui la manière dont la droite se sert de ça. (...) Nous n'avons pas de pouvoir sur l'autorité d'une collectivité locale élue par les citoyens." Au-delà de cet empêchement démocratique, la position du Parti socialiste reste assez ambigüe. Pendant sa conférence de presse, Jean-Noël Guérini annonce que François Rebsamen vient de lui envoyer un signe, qu'il compte sur lui pour la prochaine réunion de groupe du PS au Sénat.
Jean-Noël Guérini reste un sparadrap très encombrant pour le PS. Il joue de la douche écossaise avec ses petits camarades de la rue Solférino. Parfois menace à demi mot de sortir les dossiers. Parfois chante leurs louanges, jure fidélité à son parti. Et promet, comme hier, qu'il fera "tout pour aider François Hollande à être Président". Le socialistes semblent de plus en plus nombreux à penser qu'une petite démission serait l'aide la plus utile.
Olivier Bertrand.





Merci pour votre article.
Avouons que l’exigence démocratique est ultra minimale en demandant seulement que Jean Noël Guérini démissionne de la présidence du CG13, tout en restant conseiller général et sénateur. Dans d’autres pays européens aux exigences plus ténues, il aurait du se mettre en congé de tous ses mandats, le temps que justice passe…
La direction du PS est ambigüe, trop soft et trop tardive à réagir pour être convaincante.
C'est un "drame personnel" d'être de gauche et marseillais, avec un tel personnel politique qui fait honte au bulletin de vote...
http://heloim.sinclair.over-blog.com/article-jean-noel-guerini-passe-a-l-attaque-pour-s-accrocher-a-la-presidence-du-cg13-88069652.html
Rédigé par : Heloim Sinclair | 06.11.2011 à 15h39
Ce qui voudrait dire que Guerini n'a des dossiers que sur 12 conseillers généraux pour les "convaincre" d'être à ses côtés lors de ce point presse ? ça me semble un peu léger.
Allez, JN, lâche toi un peu, balance des trucs croustillants. Entre toi et le Ché, on devrait se reprendre du sarko pour 5 ans. merci les gars.
Rédigé par : LSDJ | 06.11.2011 à 15h02
" Mais c'est pour nous une situation que nous regrettons parce qu'on voit bien aujourd'hui la manière dont la droite se sert de ça. (...)" déclare Hamon benoîtement !
Qu'un membre du PS issu d'une famille tristement célèbre se soit laissé intoxiquer volontairement ou non, voilà ce que le PS devrait regretter. Les fait que la droite s'en serve n 'est qu'un effet-boomerang : la gauche ne s'était pas gênée pour faire de l'histoire de famille entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise tout une (non-)affaire ! Quel parti peut affirmer que tous ses membres sont des saints. La vox populi prétend qu'il faut balayer devant sa porte avant de donner des leçons de vie. Preuve que parfois, le cliché a raison ! Les affaires ne sont pas des arguments de campagne quand on a pas les mains propres.
D'autant que des mains trop trop propres tuent la propreté ...
Laura Conti
Rédigé par : Laura Conti | 05.11.2011 à 16h02
"La direction du Pôle démocratique a commis une erreur en soutenant jusqu'au dernier moment le maire et son frère, alors même que les soupçons de corruption ne cessaient de grandir", affirme le conseiller municipal…
Pardon, je me suis trompé de rubrique, il s'agissait de la capitale de la Colombie. voir http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/05/07/le-pire-maire-de-bogota-nul-et-corrompu_1518383_3222.html#ens_id=1284192
Rédigé par : Zumbi | 05.11.2011 à 11h38
Au lieu de lui demander poliment de démissionner, que le PS le vire. Il faut savoir faire la grande lessive.
Rédigé par : michèle | 05.11.2011 à 10h29
Le PS avait exclu de ses rangs M. Freche pour de simples paroles. Qu'attend-il pour exclure M Guérini ?
Rédigé par : Elsa | 05.11.2011 à 10h15
Pourquoi le PS ne l'exclut-il pas tout simplement du parti pour se dégager de ce dossier encombrant ? Car pour l'instant tout donne le sentiment que M. Guérini a acheté - comment ? - les dirigeants socialistes.
Rédigé par : Elsa | 05.11.2011 à 10h13
Les socialistes ont des torts importants. Ca fait des décennies qu'ils connaissent ce gars, difficile de croire que personne ne s'est rendu compte que c'était une ***.
C'est comme Tapie. Dès le début des années 80, on connait le personnage, mais il faudra attendre les années 90 pour qu'il soit enfin écarté. Toujours des charognards pour se nourrir des restes des grands prédateurs.
Rédigé par : Jean | 05.11.2011 à 07h33
Merci pour cet très bon article.
Rédigé par : Tibo | 05.11.2011 à 03h37
Il y a dans toute "affaire" de cet ordre UN SEUL commandement "Trace de tout garderas en lieu sûr". Le discours de "mémé" aux instances socialistes, je peux vous le raconter "Soit vous arrêtez de m'emmerder, soit c'est le grand déballage".....Et je peux vous dire que c'est TRES efficace. Dans un autre ordre d'idée, j'en ai moi-même usé il y a bien des années avec un haut fonctionnaire (ingénieur de subdivision) de la D.D.E du département. ...on va dire "x". Jusque là, nous arrosions ce monsieur au "tarif" habituel, mais là, lors d'une réfection importante de tracé routier, il voulait qu'un mas exproprié et promis à la démolition soit "démonté avec soin", que les matériaux soient transportés sur un terrain qu'il possédait, pour être plus tard reconstruit à l'identique....et gratuitement, ça allait de soi !!! Nous l'avons calmé en lui mettant "l'addition" sous le nez et en promettant de la faire suivre 1) à son ministre 2) à la presse....Du coup, silence !!! A mon avis, c'est ainsi que mémé tient les socialos par les couilles !!!
Rédigé par : Clérembard | 05.11.2011 à 03h00
elle est où la sulfateuse? Tout ça pour ça? Eh bé, c'est pas Spirito et Carbone, peuchère...
Rédigé par : haribo | 04.11.2011 à 21h49
et ils veulent que les citoyens prennent la peine d'aller voter!
Pour qui aller voter alors que la pourriture fait tache d'huile dans tous les partis et que ces élu(e)s croient que sans eux(elles) la terre s'arrête de tourner.
J'ai toujours voté dans ma vie ,mais comme je commence à donner raison aux abstentionnistes il me semble que je vais les rejoindre
Rédigé par : rafik | 04.11.2011 à 21h12
Et certains s'étonnent ou débattent encore de la montée du FN dans certaines villes ou région.
On peut féliciter les citoyens de Marseille qui vivent avec cette bouillabaisse depuis des années et n'ont toujours pas accordé leur ville au FN !
Rédigé par : eric | 04.11.2011 à 17h41
Bon, Madame Carlotti semble avoir un début de réaction à l'affaire, et maintient son cap depuis quelques mois, c'est bien. Mais les autres élus du PS 13, à quoi ils jouent ? Ils veulent couler avec le bateau bleu ? Pire encore, leurs alliés du Front de Gauche : quel silence assourdissant ! J'entends encore un responsable PC dire pendant la campagne des cantonales : "parler de ça, c'est le jeu de la droite"
C'est ce silence-là, celui de la gauche, qui risque de faire le jeu du FN. Même pas de la droite, car bientôt le concert de casseroles de Muselier résonnera aux oreilles locales et nationales. Et la mémoire courte, les gens les plus écoeurés ont déjà oublié que la gestion FN de Toulon ou de Vitrolles a été désastreuse, et les mains pas si propres que ça !
Alors quand est-ce que les militants qui ont du courage face aux patrons, face à la police, face aux racistes, en auront ne serait-ce que la moitié face à leurs propres dirigeants ?
Camarades du Front de Gauche, PC, PG et les autres, vous allez l'ouvrir ou non ?
Pour le moment, il n'y a que le NPA et les Verts qui l'ont fait : ça urge !
Rédigé par : Zumbi | 04.11.2011 à 16h52
et bien sur, tout ce que les lecteurs retiennent de ce papier digne de Paris-Match, c'est le coup de pied dans les mollets, à savoir : "les ambiguités du PS". alors même que l'article montre aisémment une évidence, le PS ne peut démissionner un élu contre son gré (excusez-moi, les trissotins, mais j'ai envie de dire : "heureusement !"), les "crétins bave aux lèvres" de service se délectent d'une soi-disant épine dans le pied dont pourtant, comme l'affaire DSK (si vous voulez en savoir plus sur celle-ci, lisez le figaro, il y a un article tous les jours sur ce sujet...) tout montre qu'elle est bien séparée par les citoyens du projet ou des actions du PS lui-même ! mais bon, continuez, ça vous occupe !
Rédigé par : yves | 04.11.2011 à 16h11
En refusant de faire le ménage, les secrétaires du ps de F.Hollande à M.Aubry ont des boulets à trainer.
D'autant + qu'avant Guérini, il y avait Frêche, DSK (=MNEF + cassette Méry + attitude envers les femmes), J.Mahéas = sénateur condamné pour agression sexuelle.
Et aujourd'hui il y a en +, le maire de Sarcelles soit F. Pupponi ( lire : http://www.bakchich.info/La-societe-de-securite-corse-qui,13125.html).
Copinages, magouilles, affaires, élus peu scrupuleux.... le ps ressemble de + en + à l'ump !
Rédigé par : marie | 04.11.2011 à 12h25
Excellent papier,
Bien de mettre en exergue les ambiguités du PS sur le cas Guérini.
Et bon,c'est vrai qu'avec Guéríni là, on se demande ce qui est le plus dangereux, l'accolade ou les dossiers. :-)
Rédigé par : petit comique | 04.11.2011 à 11h16