Des magistrats refont le procès du communard Crémieux
Vendredi 2 décembre - S'il y avait à Marseille un mur des Fédérés, Gaston Crémieux serait le seul à être tombé à son pied, à l'endroit où poussent les coquelicots au printemps suivant. Avocat, franc-maçon, notable et révolté, leader des quelques jours de la Commune de Marseille, Gaston Crémieux est le seul à avoir été fusillé, le 30 novembre 1871, après un procès expéditif mené par le premier conseil de guerre à Marseille. Les militaires siégeaient au sein de ce qui est aujourd'hui le tribunal de police. Là même ou, pour rendre hommage à ce curieux personnage, littéraire et idéaliste, des magistrats vont aujourd'hui endosser les rôles du juges, du procureur, de Crémieux et de son avocat, pour rejouer symboliquement ce procès...
Il devient assez vite franc-maçon, se bat pour l'enseignement laïc aux enfants, les cours du soir pour les ouvriers, les coopératives, les chambres syndicales, l'élection des magistrats, la liberté de la presse... S'investit dans la vie politique locale, aide Gambetta à faire campagne, se fait connaître par des discours et des écrits radicaux, un idéal socialiste et des liens de plus en plus étroits avec l'Internationale. Il adore le souvenir de Robespierre, au point d'avoir donné ce prénom à l'un de ses trois enfants. Mais semble pour sa part pacifiste. Défend une idée de la liberté, de la Justice, qui s'imposerait sans terreur.
Après de nombreux épisodes politiques et quelque mois de prison en 1870 pour une première insurection municipale, il prend en mars 1871 la tête d'une manifestation de soutien à la Commune de Paris, que le Thiers, Marseillais d'origine, n'a pas encore écrasée. La mairie est envahie, puis la préfecture, avant que des délégués venus de Paris (préfiguration révolutionnaire de la technostructure honnie) ne vienne à Marseille prendre la tête de l'insurection, et imposer le drapeau rouge. La commune de Marseille est proclamée le 31 mars. Elle ne durera que cinq jours.
Le 4 avril 1871, le très royaliste général Espivent de la Villeboisnet attaque les insurgés. Des canons les bombardent depuis Notre-Dame de la Garde et les bateaux de guerre qui mouillent dans le port. Le 5, la préfecture envahie tombe. Le 7, Gaston Crémieux est arrêté chez le gardien du cimetière juif de la ville. Son procès débute le 12 juin. Ils seront trois condamnés à mort, les deux autres seront graciés par Alphonse Thiers. Le 30 novembre, Crémieux tombe au Pharo, en refusant le bandeau sur les yeux, et sans pouvoir finir sa phrase: "Vive la Répu..."
En prison, l'avocat a eu le temps de terminer une pièce de théâtre, "Le Neuf thermidor ou la mort de Robespierre", dans laquelle son héros propose à Saint-Just de continuer la révolution en abandonnant la terreur. Publiée après sa mort, son oeuvre lui vaudra l'hommage de Victor Hugo, qui écrira un jour à la femme de Crémieux pour lui dire tout le respect que lui inspire son mari. L'auteur des Misérables glisse dans sa lettre cette phrase : "Il y a un procès que l'avenir jugera". Ce commence aujourd'hui, à 14h, au Palais de Justice, place Monthyon
Olivier Bertrand.





feraient mieux de bosser , ces geignasses de juge plutot que de s'amuser !!
Rédigé par : zorglub | 03.12.2011 à 17h02
Eugène Protot, ministre de la justice sous la Commune, ne fut jamais réintégré à l'ordre des avocat après l'amnistie:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Eugène_Protot
Rédigé par : eugene protot | 02.12.2011 à 11h13
En voilà un type normal !
Attention à la date dans le chapeau.
Il y a aussi une jolie et savoureuse coquille à la fin "tout le respect que lui inspire son Marin" !
Idéaliste marin et révolutionnaire, il est parfait ce Crémieux...
Rédigé par : Stephann | 02.12.2011 à 08h52