Procès Crémieux : "Faut-il qu'une tête tombe ?"
Samedi 3 décembre - Hier après-midi se tenait à Marseille la reconstitution du procès du communard Gaston Crémieux (lire ici). J'avais pévu d'y assister mais l'actualité étant dense ces jours-ci (ces mois-ci), il a fallu travailler d'autres sillons, pour des papiers un peu longs à paraitre prochainement. Coup de chance, un collègue de l'Agence France presse y était, et son papier tient bien la route. Alors hop, le voici. Bon week-end, chers lecteurs...
Arrivé sous escorte à travers le public, nombreux, de la salle d'audience historique du procès, Crémieux, chemise blanche et bretelles, est jugé pour avoir pris la tête de la Commune de Marseille, du 23 mars au 4 avril 1871, en commettant diverses exactions dont la séquestration du préfet. "Le point de départ de l'accusation est faux, je n'ai fait qu'appeler à la paix", martèle ce grand défenseur des opprimés, partisan d'une République sociale et universelle. "Foutaises, ce discours était un appel aux armes", s'exclame l'avocate générale, interprétée par la vice-procureure Sylvie Canovas.
Dans ce "procès peu ordinaire", comme elle dit, les professionnels de la robe endossent assez bien le costume des acteurs en prenant des accents dramatiques, comme cela leur arrive aussi dans les prétoires, avec la complicité amusée d'un public acquis à la cause communarde. "Sinistre vous-même, Thiers collabo, mensonges !", crie-t-on pendant le réquisitoire, au terme duquel la peine de mort est requise sous les huées. Le président menace, plus d'une fois, de faire évacuer la salle. "Faut-il qu'une tête tombe ?", s'interroge en défense Me Sixte Ugolini, ancien bâtonnier du barreau de Marseille, conjurant le tribunal de rétablir la cause de son confrère et à travers lui de la Commune.
Après la plaidoirie, Crémieux s'adresse alors au "peuple": "Toi que l'on flatte à l'égal des rois à chaque élection pour te prendre ton suffrage (...) à quand une nouvelle Nuit du 4 août ?", lance-t-il, des propos qui font mouche dans la salle en ces temps de crise et de mobilisation des "indignés".
"Acquittez, acquittez", hurle le public, tandis que le tribunal se retire pour délibérer. Il a peu de chance d'être entendu : Crémieux a été fusillé le 30 novembre 1871 et les auteurs de la reconstitution ont prévu de rester fidèle à l'Histoire, même si celle-ci ne l'est pas à la Justice. "Il nous a caressé l'esprit de changer l'issue du procès, mais on ne voulait pas travestir l'Histoire", disait avant la reconstitution Me Vignaud, qui souhaitait seulement "réparer une injustice, celle de l'oubli".
Seule entorse: le tribunal siégeait en tenue actuelle, alors qu'il était composé de militaires à l'époque. "On peut se demander ce qui se serait passé si cela avait été une cour d'assises", a souligné le président Deschamps. Au premier rang, deux frères descendant de Gaston Crémieux, leur trisaïeul, ont apprécié le spectacle, une première dans les annales judiciaires locales. "C'est une histoire qu'on a entendue depuis qu'on était tout petits, mais qui là trouve une résonance", confie l'un d'eux, Alain Crémieux.
Le triste sort de leur ancêtre n'a pas empêché plus d'un, dans la famille, de devenir avocat. "Au contraire".





Voila une originale et belle idée ! Ca manque à Marseille en ce moment !
Rédigé par : fredo | 03.12.2011 à 20h26