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25.01.2012

PIP : la villa s'éloigne avec les hommes de paille

JUSTICE - Les ennuis s’accumulent pour Jean-Claude Mas. L’ex-patron de PIP, entreprise varoise de prothèses mammaires non conformes, passe devant la justice luxembourgeoise aujourd’hui, pour une affaire qui le préoccupe beaucoup. Pas une histoire de santé. Une histoire de gros sous. Une avocate du Grand-Duché tente de récupérer la maison dans laquelle vit la famille Mas, ainsi que leur bateau, deux biens achetés semble-t-il aux frais de PIP, via des sociétés prête-nom. Après s’être caché pendant des années derrière ces dernières, Jean-Claude Mas se retrouve à essayer de prouver qu’elles lui appartenaient légalement, ce qui n’est pas gagné...

Floride. Le 24 mars 1998, une société civile immobilière avait été créée pour lui à Luxembourg, la SCI Prince Michel. Ses actionnaires étaient deux sociétés, Milo Finance et Graham Turner, déjà montées pour le compte de Jean-Claude Mas par un homme de paille, Alain Sereyjol-Garros. L’année suivante, le 27 octobre 1999, la SCI achète une très belle villa en France, au bord de la Méditerranée, à Six-Fours-les-Plages, dans le Var. La maison dans laquelle vit aujourd’hui la famille Mas. Prince Michel débourse 3,8 millions de francs (580 000 euros), et achète une vedette de 13 mètres, sur laquelle Jean-Claude Mas invitera parfois ses salariés à pêcher. Avec quels fonds la SCI luxembourgeoise a-t-elle acheté tout cela ? Selon un extrait de compte du notaire chargé de la vente, la compagne de Jean-Claude Mas, Dominique Lucciardi, n’a effectué qu’un virement de 200 000 euros. Le reste ? C’est extrêmement flou mais il semble qu’une partie de l’argent serait venu de Floride, où PIP avait une filiale. Officiellement, maison et bateau sont alors la propriété de la SCI Prince Michel, toujours détenue par Milo Finance et Graham Turner. Selon les explications que donnera plus tard Andreas Komninos, avocat de Mas et de sa compagne devant la justice luxembourgeoise, Alain Sereyjol-Garros avait mis ses sociétés «à disposition» de ses clients «pour que ceux-ci n’apparaissent pas comme associés de la société Prince Michel SCI». Hélas en 2007, l’homme de paille se suicide après avoir fait de la prison quelques mois plus tôt en France pour escroquerie. Cinq mois plus tard, son compagnon se suicide également, après avoir hérité de ses parts (Libération de lundi). Le parquet luxembourgeois demande alors la dissolution de Milo Finance et Graham Turner qui n’ont plus de siège social au Luxembourg (l’une était domiciliée chez l’homme de paille, l’autre aux îles Vierges britanniques) et n’ont jamais déposé de comptes.

Créanciers. L’avocate chargée alors de s’occuper de la liquidation n’a pas la tâche facile. Il semble qu’une partie des comptabilités, rapatriées chez Sereyjol-Garros, a disparu de l’appartement, pourtant placé sous scellé après le second suicide. Elle découvre cependant que les deux sociétés à liquider contrôlent la SCI Prince Michel, qui possède maison et bateau en indivision. Comme il y a des créanciers à rembourser pour Milo Finance et Graham Turner, l’avocate demande en juin 2010 l’extension de la liquidation à la SCI, afin de récupérer ses actifs. Jean-Claude Mas et Dominique Lucciardi sont obligés de sortir du bois. De prouver qu’ils sont les propriétaires de Prince Michel. Ils déposent le 9 juillet 2010 au registre du commerce et des sociétés de Luxembourg un «acte de cession de parts sociales» daté du 30 octobre 1999, soit trois jours après l’achat de la maison, par lequel le regretté Sereyjol-Garros leur aurait donné les parts de ses sociétés dans la SCI. En septembre 2010, Jean-Claude Mas donne ses propres parts à Dominique Lucciardi, pour organiser son insolvabilité, les procédures judiciaires se profilant en France.

Mais ces différents actes sont contestés au Luxembourg. La liquidatrice des sociétés, Marthe Feyereisein, relève que l’acte de cession de 1999 ne mentionne aucun prix. Il s’agit donc d’une donation, ce qui doit faire l’objet d’un «acte authentique» et non d’une simple signature sous seing privé. L’avocat de Mas et de sa compagne répond que ce n’était pas un cadeau, simplement une «régularisation» après que ses clients avaient payé la maison et le bateau. Mais l’avocat est bien en peine de le prouver. Et le 9 mars 2011, le tribunal d’arrondissement de Luxembourg, statuant au civil, a estimé que l’acte de cession de 1999 était nul. Dépossédés, Jean-Claude Mas et Dominique Lucciardi ont fait appel. Le tribunal doit fixer ce matin la prochaine date d’audience.

Olivier Bertrand

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