À Marseille, les homicides liés au narcotrafic diminuent nettement depuis le pic de 2023. Cinq narchomicides ont été recensés depuis janvier, contre 16 sur l’ensemble de 2025, 24 en 2024 et 49 en 2023. Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, décrit ce niveau comme inédit, tout en reliant l’accalmie à deux phénomènes distincts : la place dominante prise par la DZ Mafia et l’action policière et judiciaire contre plusieurs de ses membres présumés.
Cette baisse ne signifie ni la disparition des réseaux criminels ni la fin des violences urbaines liées aux rivalités de territoire. Une poche de résistance subsiste dans le 3e arrondissement, tandis que des responsables présumés sont jugés ou détenus. En parallèle, l’organisation est décrite comme capable d’étendre ses activités au-delà du trafic de drogue, par des extorsions et des circuits de blanchiment. La situation marseillaise associe donc moins de meurtres recensés à une emprise criminelle qui, selon les autorités, reste préoccupante.
- Le bilan recule : cinq narchomicides depuis janvier, après 49 en 2023, 24 en 2024 et 16 en 2025.
- La DZ Mafia occupe une position dominante, sans contrôler l’ensemble des territoires marseillais.
- La police et la justice ont interpellé plusieurs membres présumés de commandos et plus de 200 personnes mises en examen doivent être jugées successivement.
- Les quartiers de lutte contre la criminalité organisée visent à limiter les communications et les décisions prises depuis la détention.
- Les autorités cherchent aussi à saisir les revenus criminels, notamment par des enquêtes sur le blanchiment et les avoirs.
À Marseille, une accalmie mesurée par la baisse des narchomicides
Le recul des homicides attribués aux conflits du narcotrafic apparaît nettement dans les chiffres communiqués pour Marseille. Après 49 narchomicides en 2023, le bilan est descendu à 24 en 2024 puis à 16 en 2025. Cinq ont été recensés depuis le début de l’année en cours, un total que le procureur Nicolas Bessone a qualifié d’inédit pour la cité phocéenne.
Ces données décrivent une évolution des meurtres liés au trafic, et non l’ensemble des homicides ou des infractions commises dans la ville. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer toutes les formes de violence, les menaces ou les conséquences quotidiennes du narcobanditisme. La baisse constitue néanmoins un indicateur important de l’évolution des affrontements armés associés aux marchés de stupéfiants.
La comparaison entre les années doit aussi être lue avec prudence. Le chiffre de cinq porte sur une période en cours, tandis que les bilans de 2023, 2024 et 2025 couvrent des années complètes. Il permet de constater un niveau inférieur à celui des années précédentes à la même période mentionnée, mais ne préjuge pas de l’évolution du reste de l’année.
Pour expliquer cette accalmie, le procureur avance plusieurs facteurs. Il cite notamment la position dominante de la DZ Mafia, ainsi que l’action policière et judiciaire contre des personnes soupçonnées d’avoir participé à des commandos meurtriers. Les informations disponibles ne permettent pas d’isoler précisément la part de chaque facteur dans la diminution observée.
La notion d’accalmie ne signifie donc pas que le trafic de drogue aurait cessé ou que la sécurité publique ne serait plus mise à l’épreuve. Elle renvoie ici à la baisse des meurtres recensés dans le contexte des rivalités criminelles. Les habitants peuvent rester exposés à d’autres conséquences du trafic, tandis que les enquêtes et procédures se poursuivent.
| Période | Narchomicides indiqués | Lecture du chiffre |
|---|---|---|
| 2023 | 49 | Année décrite comme particulièrement meurtrière |
| 2024 | 24 | Baisse par rapport à 2023 |
| 2025 | 16 | Nouvelle diminution sur l’année complète |
| Depuis janvier, année en cours | 5 | Bilan partiel, présenté comme inédit par le procureur |
Le contraste entre la diminution des homicides et la persistance des activités criminelles est au cœur du dossier. Pour comprendre cette évolution, il faut examiner la place prise par la DZ Mafia et les limites de son influence dans la ville.

La DZ Mafia renforce son emprise sans contrôler tous les territoires
Selon l’analyse présentée par Nicolas Bessone, la domination de la DZ Mafia contribue à la baisse des affrontements. Son explication repose sur un mécanisme propre aux guerres de territoire : lorsqu’un groupe a pris l’avantage sur ses concurrents, les tueries peuvent diminuer parce que la contestation armée devient moins fréquente. Le procureur résume ce raisonnement en indiquant qu’une organisation ayant remporté une guerre n’a pas nécessairement besoin de tuer autant pour maintenir sa position.
Cette lecture ne transforme pas la baisse des meurtres en preuve d’un contrôle total. Le procureur évoque une « poche de résistance » dans le 3e arrondissement, qu’il décrit comme un territoire où sont présents des groupes appelés « blacks » ou « néo-comoriens ». Ces appellations sont rapportées comme celles employées dans le dossier et ne désignent pas une population dans son ensemble.
La distinction importe : une organisation peut être dominante à l’échelle de certains marchés ou secteurs tout en faisant face à des concurrents ailleurs. La situation n’est donc pas celle d’un territoire uniformément contrôlé par un seul groupe. Les données communiquées ne détaillent pas la répartition de chaque point de vente ni l’évolution précise des frontières entre réseaux criminels.
La DZ Mafia émerge en 2023 dans le contexte d’une guerre qui l’oppose, dans les quartiers nord de Marseille, au clan Yoda associé à Félix Bingui. Son nom reprend le code « DZ », utilisé pour l’Algérie, en référence à l’origine de ses fondateurs. Selon les enquêteurs, le groupe ne repose pas sur un chef unique publiquement identifié, mais sur des cadres dont les intérêts convergent, une organisation comparée par eux à celle d’un cartel mexicain.
Des responsables présumés doivent être jugés à partir d’un lundi dont la date précise n’est pas indiquée dans les éléments disponibles, pour un triple assassinat antérieur à la création du groupe criminel. Cette précision chronologique évite d’attribuer à la DZ Mafia, en tant qu’organisation déjà constituée, des faits commis avant son émergence. Les personnes concernées restent présumées tant qu’aucune condamnation définitive n’a établi leur culpabilité.
Le recul des affrontements peut ainsi coexister avec une concentration accrue du pouvoir criminel. Une moindre fréquence des règlements de comptes n’équivaut pas à un recul de l’emprise sur les trafics ou les territoires. Cette évolution explique pourquoi les autorités suivent à la fois les homicides et les capacités de l’organisation à conserver ses ressources et ses relais.
Les procès à venir éclaireront certains faits et responsabilités allégués, sans constituer à eux seuls une mesure complète de l’état du narcotrafic. L’action judiciaire peut fragiliser des cadres, mais la capacité du groupe à se réorganiser dépend aussi de ses communications et de ses relais en détention.
Prisons et quartiers de lutte contre la criminalité organisée
Les autorités attribuent une partie de l’évolution à l’interpellation de membres présumés de commandos de tueurs. Plus de 200 personnes mises en examen doivent être jugées successivement par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône. Une mise en examen signifie qu’une personne est formellement soupçonnée dans une procédure, mais ne vaut pas condamnation : chaque dossier doit suivre son propre parcours judiciaire.
Les quartiers de lutte contre la criminalité organisée, ou QLCO, sont également présentés comme un moyen de réduire la capacité des responsables détenus à diriger leurs activités. Les figures les plus élevées de la hiérarchie y sont isolées. Selon les éléments rapportés, cet isolement rend plus difficile le recrutement ou la commande d’assassinats depuis la prison, sans permettre d’affirmer que toute communication ou influence est supprimée.
Avant ces dispositifs, la détention était décrite par une source policière comme une « succursale du crime ». Cette expression renvoie à la capacité attribuée à certains détenus de maintenir des liens et de nouer des alliances entre établissements. Une autre source policière indique que des rapprochements et des ruptures entre groupes se sont produits au fil des transferts et des périodes d’incarcération.
Les enquêteurs ont aussi mis au jour un procédé destiné à contourner la surveillance des communications. Le système Telio permet aux personnes détenues de disposer d’une ligne téléphonique. Selon les informations fournies, certains détenus auraient déclaré des numéros présentés comme protégés par le secret de la défense ou le secret médical, notamment ceux d’avocats ou d’associations liées aux addictions, alors que les appels étaient renvoyés vers des lieutenants à l’extérieur.
Cette description concerne un détournement allégué du dispositif, et non l’ensemble des communications entre détenus et avocats ou associations. Le secret professionnel et le secret médical ont des fonctions légales distinctes ; leur existence ne constitue pas en soi une anomalie. Le problème décrit par les enquêteurs porte sur l’utilisation supposée de ces protections pour masquer des échanges avec des relais opérationnels.
Une source policière de haut rang indique que le système a été démantelé et qu’au moins un avocat a été mis en examen puis placé en détention. Ces étapes procédurales ne préjugent pas de l’issue de l’affaire. Le détail des actes reprochés, les éléments retenus par les magistrats et les contestations éventuelles ne sont pas précisés dans les informations disponibles.
Les QLCO et les enquêtes sur les communications visent donc un même objectif opérationnel : limiter la transmission d’ordres et la continuité des réseaux depuis la prison. Leur efficacité à long terme dépendra notamment de la capacité des enquêteurs à identifier les relais, mais aussi de l’évolution des procédures et des organisations concernées.
L’action judiciaire ne se limite pas aux personnes détenues. Elle porte également sur l’architecture des activités criminelles, depuis l’approvisionnement en stupéfiants jusqu’aux livraisons et aux modes de financement.
Des procédures nombreuses, mais des responsabilités à établir dossier par dossier
Le nombre de personnes mises en examen annoncé donne une mesure de l’ampleur des procédures, pas du nombre de condamnations. Les procès doivent se dérouler successivement, ce qui signifie que les faits et les responsabilités seront examinés selon les dossiers concernés. Il serait donc inexact de présenter les plus de 200 personnes comme déjà reconnues coupables.
Les peines déjà prononcées, certaines allant jusqu’à 25 ans de prison selon les éléments communiqués, s’appliquent à des personnes condamnées dans des affaires déterminées. Elles ne permettent pas, sans précision supplémentaire, de conclure que toute l’organisation est démantelée ou que ses dirigeants présumés ne disposent plus d’aucune influence.
Du trafic de drogue aux extorsions, une activité décrite comme expansionniste
La DZ Mafia est décrite par le procureur comme intervenant sur l’ensemble de la chaîne du trafic de drogue, de l’approvisionnement aux livraisons. Cette maîtrise de plusieurs étapes permettrait au groupe de coordonner différentes fonctions du marché. Les éléments disponibles ne chiffrent toutefois ni les volumes contrôlés par l’organisation ni ses revenus propres.
Nicolas Bessone évoque une volonté d’expansion interrégionale, voire nationale, ainsi qu’une branche armée capable de projeter des commandos loin de Marseille pour défendre les intérêts du groupe. Cette appréciation est celle du procureur et doit rester attribuée à son auteur. Elle ne signifie pas que chaque déplacement ou acte violent commis ailleurs serait automatiquement imputable à la DZ Mafia.
L’extension des réseaux criminels ne se mesure pas uniquement à la présence de vendeurs dans plusieurs villes. Elle peut aussi passer par des alliances, des relais logistiques ou des circuits de financement. Les informations communiquées insistent sur les ambitions d’expansion, mais ne fournissent pas de liste de territoires contrôlés ni de calendrier détaillé de cette implantation.
Les activités évoquées dépassent également la vente de stupéfiants. Le groupe aurait diversifié ses ressources au moyen d’extorsions visant des commerces et des artistes de rap liés à la scène marseillaise. L’extorsion suppose une contrainte ou une menace alléguée ; chaque fait doit donc être établi par l’enquête et, le cas échéant, par une décision judiciaire.
Le nom de la DZ Mafia est apparu dans le dossier d’une tentative de racket visant le rappeur marseillais SCH. L’affaire a été marquée par l’assassinat d’un proche de l’artiste en août 2024. La présence du nom du groupe dans le dossier ne suffit pas à établir à elle seule la responsabilité pénale de chaque personne ni à attribuer tous les faits à l’organisation ; les actes et leur qualification relèvent des procédures concernées.
Cette diversification a des effets au-delà des rivalités entre points de vente. Des commerces et des acteurs culturels peuvent être confrontés à des demandes d’argent ou à des pressions, tandis que les violences urbaines contribuent à un sentiment d’insécurité plus large que le seul bilan des homicides. Il faut toutefois distinguer les faits documentés des craintes générales : les données fournies ne recensent pas l’ensemble des commerces concernés ni le nombre d’extorsions.
La qualification d’« emprise criminelle » renvoie ici à la combinaison de plusieurs leviers : contrôle de segments du trafic, capacité de coercition et recherche de revenus complémentaires. Pour mesurer la portée réelle de cette influence, les enquêteurs s’intéressent aussi aux mécanismes qui permettent de transformer des revenus illicites en actifs difficiles à repérer.
La baisse des meurtres ne suffit donc pas à résumer la situation. Si les activités se déplacent vers des formes moins visibles ou vers d’autres territoires, les indicateurs de sécurité publique doivent prendre en compte les enquêtes financières, les extorsions et les liens opérationnels, sans confondre hypothèses d’expansion et implantations établies.
Blanchiment et avenir de la DZ Mafia : l’influence reste incertaine
Pour les autorités, frapper les revenus constitue un axe complémentaire aux arrestations et aux poursuites. Nicolas Bessone reconnaît que retrouver l’argent du trafic est difficile. Les enquêtes dites d’éco-crimes cherchent à dépasser les seules infractions de vente ou de racket pour retracer les circuits de blanchiment et identifier des avoirs susceptibles d’être saisis.
La difficulté tient notamment au fait que des fonds peuvent être réinvestis à l’étranger, parfois dans des pays décrits comme peu coopératifs. Cette indication générale ne précise ni les pays concernés ni les montants placés hors de France. Elle souligne les obstacles d’une enquête financière internationale, qui nécessite de retracer les transferts et d’obtenir des informations auprès de juridictions différentes.
Le procureur vise aussi ce qu’il appelle la « bourgeoisie criminelle » : des professionnels tels que banquiers, notaires ou avocats qui pourraient, selon lui, contribuer à donner une façade légale à des revenus d’origine illicite. Cette expression désigne une piste d’enquête et ne constitue pas une accusation visant l’ensemble de ces professions. La participation d’un professionnel à une infraction doit être démontrée dans chaque affaire.
Les montants en jeu dépassent les seules affaires marseillaises. L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives évalue à plus de six milliards d’euros les revenus générés par le trafic de stupéfiants en France. Ce chiffre national ne correspond pas aux revenus de la DZ Mafia et ne permet pas d’estimer directement la part attribuable au marché marseillais.
La question de l’avenir du groupe reste ouverte. Une source proche du dossier estime que l’isolement de ses cadres dans les QLCO pourrait, avec le temps, réduire leur influence et les faire tomber dans l’oubli. Les procès à venir et les condamnations déjà prononcées, dont certaines atteignent 25 ans de prison, peuvent peser sur la capacité de dirigeants présumés à maintenir leur rôle.
Cette évolution n’équivaut pas nécessairement à la disparition de l’organisation. Un connaisseur du milieu rappelle que les équilibres du narcobanditisme peuvent se modifier rapidement et que le vide laissé par un groupe peut être occupé par d’autres acteurs. La prudence est également de mise face à l’appellation « DZNG », pour « DZ Mafia nouvelle génération », apparue en 2026 : les futures figures dirigeantes n’ont pas encore été identifiées dans les éléments communiqués.
Le dossier oppose ainsi deux temporalités. À court terme, les chiffres montrent une accalmie des narchomicides et les procédures visent des responsables présumés ; à plus long terme, l’évolution dépendra des procès, de la capacité à saisir les avoirs et de la recomposition éventuelle des réseaux criminels. Les faits établis ne permettent pas encore de conclure à une fin de règne, pas plus qu’ils n’autorisent à considérer la domination actuelle comme immuable.
Journaliste passionné avec 20 ans d’expérience, je couvre l’actualité politique et sociale, convaincu que l’information est un outil essentiel pour comprendre le monde.
